Colloque de Bayeux
« La numismatique en Normandie »
Le 17 Avril 2010, de nombreux passionnés ce sont retrouvés à l’auditorium de Bayeux pour ce colloque organisé par la Séna et présidé par Jérôme Jambu. La ville de Bayeux était représentée par Mesdames Lemagnen et Zeller. Malheureusement, deux des conférenciers n’ont pu être présents, pour des raisons indépendantes de leur volonté : la maladie, pour l’un et l’arrêt de tous les vols sur le nord de l’Europe, à la suite de l’éruption volcanique en Islande, pour l’autre. Le temps ainsi libéré a été mis à profit par les autres conférenciers. Les actes de cette journée seront édités par la Séna et disponibles au 1er trimestre 2011. Ils regrouperont l’ensemble des communications prévues.
Voici, dans l’ordre du programme, une brève présentation des intervenants et des sujets traités.
1. Pierre-Marie Guihard est docteur en Histoire ancienne, chercheur associé au Centre de Recherche en Archéologie et Histoire Antique et Médiévale (CRAHAM, UMR 6273) et chargé du médaillier du Musée de Soissons.
Sa communication s’intéresse à l’œuvre pionnière de Charles-Édouard Lambert (1794-1871), qui fût conservateur de la Bibliothèque municipale de Bayeux. Le choix a été fait de ne pas procéder à une simple présentation de ses travaux mais, au contraire, de tenter de comprendre sa démarche en procédant à une étude historiographique. Comment est née, dans la pensée de Lambert, une discipline tout juste embryonnaire au début du XIXe siècle ? Dans quelle mesure ses travaux ont-ils contribué à son développement ? Aujourd’hui l’histoire de la numismatique gauloise est pour ainsi dire délaissée. Pourtant, la pratique de l’historiographie est d’une grande utilité puisqu’elle force à reconsidérer sans cesse ses acquis, encourage toujours à aller plus loin et oblige surtout à connaître des hommes essentiels dont les travaux occupent une place majeure dans la construction d’une discipline. Dans ce registre, la démarche de Lambert a beaucoup à nous apprendre.
2. Louis-Pol Delestrée est docteur d’État en Histoire ancienne. Il est le directeur de publication des Cahiers numismatiques de la SÉNA. Faisant autorité en matière de monnayage gaulois, il est l’auteur des 3 tomes et du supplément du Nouvel Atlas des Monnaies Gauloises et de très nombreux articles publiés dans diverses revues et en particulier dans les Cahiers numismatiques.
Fabien Pilon est archéologue, ingénieur à l’énergie atomique à Orléans, membre du laboratoire Archéologies et Sciences de l'Antiquité (ArScAn, UMR 7041) et doit soutenir prochainement sa thèse de doctorat sur des ateliers de faussaires. Il a procédé aux analyses du matériel métallique du site de Bordeaux-Saint-Clair. Claude Boisard est passionné d’archéologie depuis vingt ans. Il a passé plusieurs années à rattraper une partie du précieux matériel de ce site et a constitué une importante base de données qui permet l’illustration de l’étude.
Leur communication porte sur « Le site de Bordeaux-Saint-Clair (Étretat) : un comptoir maritime gaulois au début du IIe siècle av. J.-C. » Le site, connu sous le nom de « quartier romain » a fait l’objet, jadis, de fouilles partielles. Mais il est apparu, à la suite de ramassages de surface, que de nombreux objets seraient en rapport avec une nécropole de la Tène ancienne. Des prospections répétées entre 1985 et 2000 ont donné lieu à d’abondantes trouvailles et les nombreuses monnaies offrent un étrange faciès interne, les unes liées au système de l’hémistatère du groupe de Normandie (début et cours du IIIe siècle av. J.-C.), les autres apportées par des négociants méditerranéens, telles que de nombreuses oboles de Marseille et surtout des drachmes d’origine plus éloignée ! C’est pourquoi l’hypothèse d'un comptoir maritime, essentiellement attestée par la numismatique, paraît désormais s'imposer.
3. Jens Christian Moesgaard est conservateur à la Collection Royale des Monnaies et Médailles au Musée national du Danemark depuis 1997. Il est l’auteur de nombreux articles sur la circulation monétaire et le monnayage en France, en Angleterre et au Danemark. Un de ses derniers articles vient de paraître dans la Revue Numismatique de 2009 et traite de « La circulation des monnaies noires en Haute-Normandie, 1337-1577 ».
Sa communication porte sur les « Monnaies normandes et bretonnes en Bourgogne à l'époque viking ». En Bourgogne et dans le sud de la Champagne, un certain nombre de trésors monétaires des IXe-Xe siècles ont été découverts, qui contiennent une proportion inhabituellement élevée de monnaies carolingiennes issues des ateliers de Rennes et de Curtisasonien. Ce phénomène a été interprété comme le résultat de l'apport de sommes par des réfugiés venant de l'ouest de la France et fuyant les Vikings. En effet, le rôle de la Bourgogne comme lieu de refuge pour les religieux menacés par les Vikings est bien attesté par les textes contemporains. Les tribulations des reliques de saint Philibert jusqu’à Tournus (Saône-et-Loire) en est l’un des plus célèbres exemples. Or, les monnaies rennaises et normandes peuvent également représenter du butin pris à l'ouest de la France, puis apporté vers l'est par les Vikings eux-mêmes. En effet, les textes nous apprennent que la Bourgogne fut attaquée en 886-889, en 898 et en 924. Cependant, plusieurs parmi les trésors en question sont très mal documentés. Leur composition n'est pas connue en détail. Il n'est pas toujours aisé d'en établir les dates d'enfouissement avec précision. Le but de la communication est de passer les données à la loupe afin d'évaluer la pertinence des hypothèses présentées plus haut.
4. Gildas Salaün est responsable du médaillier du musée Dobrée à Nantes depuis 1998. Il cumule plusieurs engagements associatifs parmi lesquels : membre titulaire de la Société Française de Numismatique, vice-président de la Société Bretonne de Numismatique et d’Histoire, secrétaire général de l’Association Numismatique Armoricaine. On lui doit plus de 170 articles et ouvrages sur la numismatique bretonne, notamment médiévale.
Sa communication porte sur « La circulation des monnaies ducales bretonnes en Normandie du XIe au XVe siècle ». Qu’elles soient volontairement importées par le pouvoir normand, au début du XVe siècle, ou sciemment exportées par le duc de Bretagne, au milieu du XIVe siècle, il est reconnu que les monnaies bretonnes ont connu une importante circulation en Normandie durant toute la période médiévale. Mais y existe-t-il des ateliers bretons plus représentés que d’autres ? Des périodes de plus forte circulation ? Et si oui, pourquoi ? Y a-t-il des zones plus concernées que d'autres ? Qu'en était-il de la diffusion des monnaies bretonnes dans les autres régions limitrophes ? La Normandie constituait-elle un cas particulier ? Autant d’interrogations auxquelles Gildas va tenter de nous répondre.
5. Thibault Cardon est étudiant en Master d’Archéologie et Histoire des Arts, spécialité numismatique médiévale, à l’école Pratique des Hautes Études (EPHE), sous la direction de Marc Bompaire. Le sujet de son mémoire porte sur « Les monnaies de fouille médiévales et modernes de la chapelle Saint-Thomas d’Aizier » et sa soutenance est imminente.
Sa communication porte sur l’étude d’un trésor du XVe siècle découvert sur le site de la chapelle Saint-Thomas d’Aizier (Eure), site qui fait l’objet d’une fouille programmée depuis 1998 sous la direction de Marie-Cécile Truc. Le trésor a été découvert dans un contexte archéologique particulier puisqu’il a été identifié comme étant une cache spécialement aménagée pour cette thésaurisation. Le démontage stratigraphique du trésor en laboratoire permet de connaître sa structure interne, intéressante puisque les monnaies ont été empilées par valeur dans une bourse textile. La composition même de ce trésor prête à réflexion puisqu’il se compose essentiellement de monnaies d’argent anglaises.
6. Arnaud Clairand est numismate professionnel et secrétaire de la SÉNA. On lui doit notamment la publication de Monnaies de Louis XV, des rééditions d’ouvrages anciens comme le Traité des monnaies de Jean Boizard, ainsi que la participation à de très belles études sur les faux-monnayeurs suisses ou les monnaies municipales de Besançon. Spécialiste du monnayage de la fin du Moyen âge et des débuts de l’Ancien Régime, il concentre actuellement ses recherches sur les règnes de Charles VI à François Ier.
Jean-Yves Kind est conservateur au Département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France.
Leur communication porte sur « Les maîtres de la Monnaie de Rouen et leurs marques aux XVe et XVIe siècle ». L’atelier monétaire de Rouen, depuis la prise de la ville par les Anglais en 1418, jusqu’à la fin du règne de François Ier (1547), connut une période de forte activité. Au cours de ces 130 années, plus de vingt maîtres se succédèrent à la tête de cet atelier. À ce jour aucune étude n’a été consacrée à ces maîtres alors que les archives de la Chambre des monnaies de Paris regorgent d’informations les concernant (Archives nationales, sous-série Z1b). Le dépouillement systématique des registres civils et criminels de cette institution, confronté aux données numismatiques, a permis d’établir très précisément leur période d’activité ainsi que les différents employés sur les monnaies permettant d’identifier leur exercice.
7. Fanny Vermander est étudiante en Master d’Histoire au Centre de Recherche en Histoire Quantitative (CRHQ, UMR 6583), à l’Université de Caen-Basse-Normandie, où elle prépare un mémoire sur les « Orfèvres de Lisieux au XVIIIe siècle » sous la direction d’Alain Hugon et la co-direction de Jérôme Jambu.
Sa communication, en marge de la numismatique mais tout à fait au cœur de nos préoccupations sur les métaux précieux, porte sur « Le contrôle des orfèvres de Lisieux au XVIIIe siècle ». La communauté des orfèvres de Lisieux fut, comme les autres communautés de métiers au XVIIIe siècle, soumise à une double autorité : celle de la Monnaie de Caen, qui avait autorité sur la qualité des métaux précieux, et celle de son bureau de communauté, axée sur le métier. Ces deux organes étaient chargés de la contrôler. Les manifestations de contrôles sont multiples et variées, comme la publication des actes de la législation royale, les visites organisées dans les ateliers d’orfèvres, l’utilisation de poinçons spécifiques, etc. Et suite à ces contrôles, des infractions ont pu être relevées et dévoilent des pratiques plus ou moins frauduleuses.
8. Jérôme Jambu est docteur en Histoire moderne, maître de conférences en Histoire moderne à l’Université Charles-de-Gaulle/Lille 3 et membre de l’Institut de Recherche Historiques du Septentrion (IRHiS, UMR 8529). Il a soutenu sa thèse de doctorat en 2008 sur La production et la circulation monétaires en Normandie occidentale à l’époque moderne (milieu du XVe siècle-fin du XVIIIe siècle). Ses recherches portent actuellement sur les ateliers monétaires de Rouen, Lille et Paris, sur les changeurs du royaume de France ainsi que sur les fraudes monétaires et notamment le faux-monnayage.
Sa communication porte sur la présentation du « Médaillier d’Ancien Régime de la Médiathèque de Bayeux ». Parmi les quelques 5 600 monnaies du médaillier, accumulées depuis le XIXe siècle, près de 300 datent de l'Ancien Régime français. La communication se concentrera sur la trentaine de pièces d'or datant du Moyen Âge à la Révolution, le monnayage frappé en Normandie dans les ateliers monétaires de Saint-Lô, Caen et Rouen, quelques monnaies rares ou inédites (dont un demi-écu « de France » frappé en 1721 à Dijon et un demi-louis « aux lunettes » frappé en 1727 à Limoges) et faux remarquables.