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2002   

COMPTES RENDUS DE CONFERENCES  

2004

 

 

COMPTES RENDUS DES CONFÉRENCES

De 2003

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

8 Janvier 2003

 

« Saint-Marin et ses monnaies »     

par M. Christian Charlet.

 

 

Au IV, siècle, un ermite (saint Marin) origi­naire de la côte dalmate, fuyant la persé­cution religieuse, installe un ermitage sur un ancien volcan qui domine la plaine côtière de Rimini, le Mont Titan. Dès le Vllle siècle, une communauté urbaine se constitue, qui devient une ville forte puis une république, la plus vieille du monde, enclavée dans les Etats pontificaux. Elle conserve son indé­pendance dans l'unification de l'Italie sous Victor-Emmanuel Ier. Et alors que Saint-Marin ne s'était jamais dotée d'un monnayage propre, à partir de 1861, pour marquer le maintien de son indépendance, elle fait frapper à l'atelier de Milan deux monnaies en bronze de 5 et 10 centesimi alignées sur le système de la Lire. En 1898 et 1906, elle fait frapper à l'atelier de Rome des pièces d'argent de 50 centesimi et 1, 2 et 5 Lires, puis en 1925 de 10 et 20 Lires. La frappe reprend à l'époque de Mussolini de 1931 à

1938 pour des pièces d'argent de 5 à 20 Lires. Puis de 1972 à 1978 pour des pièces de 1 à 1 000 Lires. Enfin, en 2001, Saint-Marin émet une série complète dans le système de l'Euro, une des plus difficiles à se procurer parmi celles des quinze pays de l'Euroiand.

         Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

 5 Février  2003

 

 

«le site de Ribemont-sur-Ancre»,

par M. Jean-Louis Brunaux

 

 

Proche d'Albert et Corbie, le gisement dont les fouilles ont commencé en 1963 et se poursuivent encore, est situé sur un versant de la vallée de l'Ancre, un affluent de la Somme. Un de ses caractères exceptionnels est la conservation partielle de plus d'un hectare de sol de l'antiquité en état de l'époque, ce qui donne aux fouilles un intérêt de premier ordre. Pareille étendue exclut l'hypothèse d'un simple lieu de culte, comme aussi l'importance des matériaux mis au jour : 40 000 os humains, 10 000 armes, et des objets divers (chars, monnaies d'or, un torque en or, etc.): La certitude est acquise de ce qu'on est en présence du site d'une grande bataille dont l'époque se situe vers l'an 260 avant J.-C., entre une population belge d'Ambiens agriculteurs installée au début du siècle et des Armoricains probablement originaires des régions du Mans et de Lisieux (d'après les monnaies retrouvées). Les combattants étaient plusieurs milliers. A partir des années 50, l'occupation romaine s'est installée sur les lieux, manifestée par les_ restes de la construction d'un lieu de culte sur une couche de terre de recouvrement de la couche de terrain précédent.

Une bataille produisant des vaincus et des vainqueurs, les cadavres des deux catégories ont été rassemblés dans deux enclos distincts (le premier quadrangulaire et le second circulaire), avec un traitement différent. Ceux des vaincus ont été décapités, car la récu­pération de la tête du vaincu constituait un trophée conservé par son vainqueur. La ma­nière dont les restes des vaincus et des vain­queurs respectivement ont été rassemblés et traités manifestent une activité cultuelle (sacrifices) différente dans chacun des deux enclos : sur quatre autels aux quatre angles du premier et sur un seul au centre du deuxième. Tous ces aspects, et leur importance, sont ceux d’un gisement de tout premier ordre particulièrement enrichissant en renseignements historiques.

 

                                                             Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

2 Avril 2003

 

 

«Les livres des chan­geurs médiévaux comme sources d'informa­tions historiques et numismatiques »     

par M. Marc Bompaire.

 

Pour toute étude numismatique, l'important est d'abord de recenser et d'étudier les mon­naies, mais aussi les textes d'archives concer­nant leur création et leur production. Parmi ces écrits utiles, on pense moins souvent aux livres des changeurs parce qu'il ne s'agit pas dé documents officiels.

Les livres ou registres des changeurs, éta­blis par eux-mêmes pour leur propre usage, décrivaient les monnaies que leur profes­sion amenait sous leurs yeux, en tant qu'ai­de-mémoire pour les reconnaître, et ils dé­taillaient leurs caractéristiques physiques de titre et de poids pour faciliter l'évalua­tion de leur cours de change.

Un ouvrage historique connu, le « Recueil de Documents Relatifs à l'Histoire des Mon­naies frappées par les Rois de France de­puis Philippe II jusqu'à François 1e` », en quatre tomes; par F de Saulcy, dans lequel on trouve les aide-mémoire des changeurs, a été critiqué dès la parution du 1e, tome. Et l'auteur a été privé du concours des impri­meries officielles pour les tomes suivants, qu'il dut publier à compte d'auteur ! II n'é­tait pourtant pas le premier dans cette ini­tiative : rappelons l'ouvrage de Le Blanc, les travaux de Lautier (Traité Historique des Monnoies de France, de 1690), etc.

C'est à partir de la fin du XVe siècle que les administrations ont commencé de diffuser des listes officielles des monnaies, d'ailleurs restreintes à celles qui étaient autorisées à circuler, avec leur description illustrée et leur cours

Les livres des changeurs ont commencé d'être publiés bien avant, dès le début du XIVe siècle, en Italie, recensant les monnaies d'or frappées en Occident (en Italie princi­palement : ducats et florins de Florence, Gênes, Sienne, Venise..., mais la frappe de l'or se généralisa en Europe occidentale à partir du milieu du siècle), et aussi les mon­naies byzantines.

Malard, installé à Montpellier-, recensa dans ses listes les monnaies d'or frappées jus­qu'en 1410, mais il produisit aussi un sup­plément en 1455.-Ses dessins étaient parti­culièrement soignés. Pièces concernées : florins de Florence et ses imitations ; pièces d'or françaises, notamment de Philippe Vl de Valois dont la liste est presque complète ; réaux de Majorque dont certains très rares et même exceptionnels dont un au moins n'a jamais été retrouvé ; florins de Savoie et Pignerol dont certains ne sont connus que par ce manuscrit... on doit noter qu'il concer­ne surtout les monnaies méridionales plus que nordiques de Flandre et des pays rhé­nans.

Naturellement, les livres de changeurs les plus anciens ont été par la suite recopiés et remis à jour: A signaler que certains sont agrémentés de sentences morales humoris­tiques, de divertissements arithmétiques, etc.

                                                                                          Jacques Thilliez

 

 

 

CONFÉRENCE

du

7 mai 2003

 

« Les faux­monnayeurs gallo-romains de Châteaubleau (Seine-et-Marne)»

par M. Fabien Pilon

 

 

Situé à 70 km au sud-est de Paris, la com­mune de Châteaubleau (Seine-et-Marne) abrite les vestiges d'une importante agglo­mération gallo-romaine dont un quartier d'habitations et plusieurs monuments, deux sanctuaires et un théâtre, ont pu être mis au jour. L’existence d'une activité mo­nétaire y est également connue depuis 1865, grâce à la découverte de moules mo­nétaires en argile. Toutefois, ce n'est que très récemment qu'une série d'opérations archéologiques a permis de localiser trois ateliers monétaires ayant fonctionné dans la période ca 260-décennie 280.

La découverte de ces officines est une dé­couverte majeure pour la numismatique du Bas-Empire, car ce sont les établissements de ce type les plus importants répertoriés à ce jour avec, notamment, la fabrication de trois dénominations (deniers, antoniniani et doubles sesterces) et ce par deux tech­niques différentes : le coulage et la frappe. Des fouilles archéologiques ont été entre­prises depuis 1997 à l'emplacement et au voisinage de deux d'entre elles. Les résul­tats acquis lors de ces opérations vont per­mettre d'étudier très précisément les struc­tures ayant abrité cette activité et d'établir un catalogue des flans monétaires, moules en argile et monnaies, qui soit significatif, tant pour les monnaies produites que pour leurs caractéristiques métrologiques et les techniques mises en oeuvre...

Ces recherches archéologiques sont aussi le point de départ d'une thèse à l'Université Paris X-Nanterre qui devra notamment pré­ciser si l'on est en présence de plusieurs ateliers distincts ou bien d'un seul, à plu­sieurs officines. II permettra également de réfléchir aux instigateurs de cette lucrative activité, aux complicités dont ils auraient pu bénéficier pour faire perdurer l'activité pen­dant au moins quinze ans, et finalement au statut de leurs productions (faux monnaya­ge, monnayage de nécessité...). Enfin, au ­delà de l'importance locale et régionale de cette émission de monnaies, qu'il convien­dra d'estimer en termes de quantité mais aussi de diffusion, cette recherche devrait apporter des éléments d'informations im­portants pour mieux comprendre la place de ces ateliers qui se sont multipliés en Gau­le dans la seconde moitié du Ille siècle.

                                                            

 

                                                    Jacques Thilliez

 

 

 

CONFÉRENCE

du

2 Juillet 2003

 

 

«Le problème des attributions en numismatique gauloise »     

par Louis-Pol De­lestrée, président de la SENA.

 

 

A part une minorité, les gauloises sont muettes quant à leur origine et il n'existe pas d'archives auxquelles se référer. On rencontre donc des problèmes pour les at­tribuer à une peuplade, à une époque, à un atelier.

C'est à la fin du XIXe siècle, peut-être en compensation de l'humiliation de la défaite de 1870-1871, que s'est développée la mo­de de l'apologie des ancêtres gaulois, dont des trouvailles avaient déjà mis au jour leurs mystérieuses monnaies. D'où une ac­centuation des recherches pour les identi­fier. Cela s'est concrétisé en particulier par la publication de L'Atlas de Latour en 1892 (remis à jour par Brigitte Fischer en 1992) et du Traité des Monnaies Celtiques d'Adrien Blanchet en 1905. Les travaux de Colbert de Beaulieu (fondateur de la SENA) ont mar­qué beaucoup plus récemment un progrès déterminant. D'autre part, on ne saurait omettre les travaux et publications de nos collègues et voisins britanniques.

L'idée dominante, pendant des décennies, était de rattacher les monnaies aux tribus si­gnalées par Jules César dans La Guerre des Gaules. Mais César n'a parlé que des peu­plades auxquelles il a eu à faire, comme al­liés ou adversaires, et il en a existé d'autres parfois au moins aussi importantes. D'autre part, les tribus et leurs territoires ont pu s'agrandir ou se rétrécir, se fractionner ou se déplacer, comme l'ont fait les Helvètes qui ont émigré vers l'ouest ce qui a d'ail­leurs déclenché la Guerre des Gaules.

Une perspective dangereuse est celle de produire des catalogues commerciaux. Cer­tes, il faut identifier et classer pour mettre en vente, mais le faire à tout prix et trop ra­pidement conduit à publier des bourdes, et quand ensuite on s'y réfère on accentue en­core les fausses pistes.

On a toujours la tentation d'attribuer les monnaies trouvées dans une région donnée à la peuplade qui était censée l'avoir occu­pée, toujours d'après César. Mais un trésor peut avoir été transporté avant d'être caché. La probabilité de se tromper diminue évi­demment lorsqu'on a découvert dans une même région plusieurs trésors compa­rables.

Certaines séries connues ne peuvent enco­re être rattachées à aucun peuple précisé­ment, mais seulement à un monétaire. Ce­lui-ci était un artisan qui se déplaçait à la demande d'un lieu à un autre pour se met­

tre au travail sur ordre. II n'existait pas d'ateliers monétaires gaulois comparables à ceux des Romains ou des Grecs, qui em­ployaient à poste fixe leurs graveurs et leurs monétaires. A partir des gisements fouillés, les monnaies celtes semblent avoir été produites dans des sanctuaires (à l'ou­est) et des oppidum (à l'est). Le monétaire arrivait avec ses coins personnels. Ceux-ci, ayant leurs reliefs en creux, étaient obtenus par estampage à partir de poinçons gravés en relief dans un métal plus résistant, dont on n'a retrouvé en tout que trois exem­plaires. II y avait très peu de graveurs de poinçons, auxquels on faisait appel pour émettre des séries monétaires locales, d'où des types thématiques, par exemple celui dit « au coq ». Du fait que les monétaires étaient des ambulants, leurs coins pou­vaient servir en divers lieux de frappe. Les ateliers monétaires eux-mêmes ont proba­blement été itinérants. Enfin, on ne peut pas exclure les copies de types d'un peuple par un autre.

De cet exposé, il résulte que l'affectation d'une série de pièces à une tribu donnée dans une région donnée ne peut résulter que d'un patient travail de mise en conver­gence de critères patiemment réunis.

         Jacques Thilliez

 

 

 

CONFÉRENCE

du

3 Septembre 2003

 

 

«Circu­lation monétaire en Basse-Normandie au XVIe siècle »     

par M. Jambu, professeur doc­torant d'histoire.

 

 

Les sources de renseigne­ments disponibles sont peu abondantes : les archives de la production monétaire au Moyen Age et sous l'Ancien Régime de l'a­telier de Saint-Lô ont été brûlées pendant la Deuxième Guerre mondiale et on ne peut compter que sur les comptes des notaires, tabellions et changeurs, et sur de rares ar­chives privées (comme celles de Gilles de Gouberville et Perrode de Cairon). Encore faut-il dire que ces documents se sont sou­vent mal conservés et sont difficiles à dé­chiffrer. Ils concernent des successions (dont une partie était souvent partagée officieusement en espèces sans être enre­gistrée dans les actes), des versements de dots, des acquisitions immobilières, mais aussi des paiements de fermage, de sa­laires, de services, des achats courants, et enfin les opérations de change effectuées par les changeurs.

Ces derniers avaient pignon sur rue, en l'es­pèce une officine dans une ville moyenne mais celle-ci était souvent tenue par leur épouse ou par un employé car les chan­geurs étaient fréquemment en déplace­ment, pour participer aux nombreuses foi­res ou pour affaire avec un client. Les opérations de change consistaient soit « à faire de la monnaie » en changeant par exemple une pièce d'or contre des pièces de billon, soit à changer des monnaies étrangères contre leur équivalent en mon­naie officielle : il circulait à l'époque en Nor­mandie beaucoup de pièces espagnoles et dans une moindre mesure anglaises obte­nues en contrepartie de leurs produits par les éleveurs de bestiaux d'embouche ou des fabricants de produits textiles. Il y avait, non seulement des changeurs officiels, mais aussi occasionnels parmi lesquels on trouvait souvent des merciers. Les opéra­tions de change étaient réglementées par des tables de conversion produites par les pouvoirs publics; mais il se produisait dans la pratique des accommodements issus de la loi de l'offre et de la demande, pouvant aller jusqu'à 20 % d'écart entre cours offi­ciel et cours réel. Les changeurs, et aussi les gens riches, étaient équipés d'un trébuchet et de poids monétaires pour pouvoir véri­fier les pièces qui leur étaient présentées, en cas de doute.

Telle qu'on peut s'en faire une idée, la circu­lation monétaire au XVIe siècle comportait

pour les grosses opérations des pièces d'or parfois anciennes : écus d'or remontant jus­qu'à Charles VI, saluts d'or d'Henri VI, escu­dos, double excellente, nobles d'or qui ont continué à circuler de manière certaine jus­qu'en 1602, alors qu'ils ont été décriés en 1575. Ces pièces ressortaient parfois au jour après une thésaurisation. Les monnaies uti­lisées pour les opérations courantes étaient en billon (blancs, douzains), sans oublier les paiements en tout ou en partie en nature. Entre les monnaies d'or et de billon, on trouvait des monnaies d'argent, testons à partir de François le, et francs, demis et quarts de franc à partir d'Henri II, réales... ainsi, les baux et les dots étaient souvent payés en pièces d'argent dans la 2e moitié du XVIe siècle.

Pour ce qui concerne la production monétai­re dans les ateliers de Rouen, Caen et Saint-­Lô, elle était importante : au XVIe siècle, elle représentait 10 à 12 % de la production du royaume (alors que les impôts étaient de l'ordre de grandeur de 20 à 25 %). La Nor­mandie était une province riche et prospère. Autre fait : pour la frappe de l'or, l'atelier de Rouen avait le 2e rang des ateliers de Provin­ce. A cette production locale s'ajoutait l'af­flux de pièces étrangères dont il a déjà été question. L’absence de banques obligeait à cacher ses espèces pour les conserver : on en retrouve encore !

         Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

Ier Octobre 2003

 

 

 

«histoire de la numismatique chi­noise»,

par M. François Thierry, conserva­teur en chef au Cabinet des Médailles

 

La numismatique comme domaine d'étude apparaît en Chine vers le Ile siècle avant Jésus-Christ. Les textes historiques décri­vent les monnaies chinoises, parthes et in­do-scythes. Le premier ouvrage purement numismatique semble être le Canon des Monnaies qui date du 11e siècle après Jésus-­Christ. La plupart des premiers ouvrages ont disparu et ne sont connus que par des cita­tions postérieures. Sous les Liang (502-550) plusieurs numismates écrivent des traités dont le plus connu est le Qianzhi (Traité des monnaies) de Gu Xuan. Sous les Tang (618-­907) Feng Yan développe la numismatique en publiant et en analysant les trésors mo­nétaires. De cette époque, on a aussi décou­vert la collection de monnaies du prince Li Shouli qui comprenait des monnaies chi­noises antiques et médiévales ainsi que des monnaies étrangères, byzantines, sassa­nides et japonaises en particulier. Sous les Song, est imprimé en 1149 le premier livre de numismatique, le Quanzhi de Hong Zun. Cet ouvrage imprimé entraîne une sclérose de la recherche car il est considéré comme un modèle incontournable. II faut attendre le milieu du XIXe siècle pour que la numisma­tique fasse sa seconde révolution avec l'ou­vrage de Li Zuoxian, le Guquan hui. Li utilise l'épigraphie, l'archéologie, l'histoire et la philologie pour étudier les monnaies. De son exemple, naîtra la troisième révolution initiée par Ding Fubao qui, dans les années 1930, appliquera à la numismatique les mé­thodes des sciences modernes. Les élèves de Ding Fubao sont à l'origine de l'actuel dé­veloppement de la numismatique en Chine.

                                                                        François Thierry

 

De l'échange de questions et réponses ulté­rieur, on peut dégager les informations complémentaires suivantes:

- sans connaître le chinois, on peut souvent dégrossir l'identification d'une pièce en comparant les idéogrammes aux figures qui illustrent les manuels, par exemple le Krause & Mishler;

- la numismatique chinoise a inspiré celles du Japon et d'autres pays du sud-est asia­tique;

- le cuivre a été le seul métal monnayé en sapèques et, pour les opérations de pai­ment, ces pièces étaient enfilées sur une fi­celle pour former des guirlandes, qui étaient pesées sans qu'on se préoccupe d'exami­ner les pièces individuellement pour les vé­rifier;

- attention donc aux faux, dont la produc­tion a toujours constitué une véritable in­dustrie en Chine. De certains types, on ne connaît que des pièces fausses;

- les frontières s'ouvrent: on commence à rencontrer en Chine des collectionneurs de monnaies de l'extérieur, et cela depuis les antiques grecques; romaines, etc. De même le conférencier a pu repérer chez les anglo-­saxons et en France des amateurs de mon­naies chinoises.

 

                                  Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

Du

5 Novembre 2003

 

 

« La Théologie des sons et de la parole chez les Celtes et dans leur numismatique»

par M. Dominique Hollard, membre du Comité de direction de la SENA

et rédacteur en chef des Cahiers Numismatiques .

 

 

La lyre est l'instrument de musique classiquement représentée sur les monnaies gauloises. On y trouve aussi, quoique moins fréquemment, l'arc en tant qu'instrument de chasse ou de guerre mais aussi de musique parce qu'il produit un son lorsque sa corde se détend lors du tir qui exprime la puissance de l'arme. La lyre et l'arc, l'un comme l'autre instruments à corde produisent des sons signifiant une puissance.

Le dieu Lug (Lugus) était l'homologue celte à la fois d'Apollon et de Mercure, le dieu grec du commerce (et des voleurs), et aussi des médecins, dont la parole exerçait un pouvoir. Rien d'étonnant à ce que la puissance divine, à la fois sonore et active, ait trouvé sa représentation dans la lyre ou dans l'arc. Lug est aussi représenté par le corbeau, l'oiseau qui parle (ersatz du perroquet), ou encore par le cheval, animal puissant et efficace au combat.

Lucien de Samothrace parlait d'un Hercule gaulois avec une cour de suiveurs attachés à lui par l'oreille au moyen de chaînes qui lui sortaient de la bouche: toujours le mythe de la parole en tant qu'ensemble de sons qui sont des liens, vecteurs de force et de puissance. Le conférencier montre des représentations de statères imités de ceux des Celtes du Danube, sur lesquels on distingue parfaitement des volutes sortant de la bouche de l'effigie comme les ondes de sa parole. L'effigie d'un de ces statère comporte aussi une lyre gravée sur la joue comme un tatouage:

C'est en démontrant à son retour à Ithaque qu'il était le seul capable de se servir d'un arc magique conservé en son absence en son domicile qu'Ulysse se fait reconnaître de sa femme et de ses sujets.

César dans « La guerre des Gaules » parle des archers gaulois comme étant très redoutables ; il reconnaît aussi à ses adversaires le don de l'éloquence : toujours la liaison entre les sons de la parole et la puissance active. On sait que le goût prononcé des gaulois pour la parole s'est poursuivi bien au delà de l'époque de leur latinisation...

 

                                                    Jacques Thilliez

 

 

 

CONFÉRENCE

du

4 Décembre 2003

 

 

«Les portes et enceintes civiles ou militaires

dans les numismatiques grecque et romaine »,

 

par M. Michel Amandry, directeur du Cabi­net des Médailles.

                                                                       

 

L’intérêt de la question n'est pas récent puisque c'est en 1859 qu'a été publié l'ouvrage de base sur le sujet: Ar­chitectura Numismatica.

 C'est au Ille siècle avant J.-C. que les présentations en relief de fortifications militaires sont apparues sur des poteries qui montrent que le passage du 2D au 3D (comme on dit maintenant en informatique) a une longue histoire. Les monnaies grecques représentant des en­ceintes et des portes de ville ou de fortifica­tions sont très rares, mais cela s'est déve­loppé dans la numismatique romaine.

On y trouve au ler siècle avant J.-C. des pièces d'or, sous Servius Rufus, représen­tant sur une des faces l'enceinte d'une ville avec toutes ses tours vues de face.

Le légat en Espagne de l'empereur Auguste, Carisius, a émis des denarius d'argent et des dupondius de bronze dont le revers montrent l'enceinte de la ville d'Emerita, dont le nom était reproduit en toutes lettres au fronton de la porte.

C'est particulièrement dans la région qui s'étend entre le Danube et le Pont-Euxin qu'à partir du IIQ siècle après J.-C. six villes fortifiées émirent des monnaies illustrant le sujet qui nous retient (Nicée, Andrinopolis, Philippopolis, Hebre, Ankialos, Bizye), parti­culièrement sous Gordien, Septime-Sévère, Hadrien... La porte est généralement repré­sen- tée au premier plan, en bas au centre entre deux tours crénelées, et le reste de l'enceinte de la ville se referme par dessus pour donner l'impression d'une vue pano­ramique. On sait qu'en 249, Philippe l'Arabe a séjourné à Bizye au cours d'une expédi­tion militaire, ce qui a été commémoré par une pièce représentant la ville : une porte à 6 heures, une autre à 12 heures, encadrées et accompagnées sur la périphérie par une dizaine de tours crénelées, et la diapositive montre à l'intérieur de cette enceinte la re­présentation d'un forum et d'un temple. Comme suite à la réforme monétaire mar­quée de l'empreinte néronienne, autour des années 270, ont été frappés sous Constance et Chlore des monnaies inspirées des mo­tifs des deniers de Caricius reportant à au moins 300 ans en arrière, représentant comme ces derniers le nom de la ville sur­plombant la porte. Comme les pièces de Ca­ricius n'étaient certainement plus en circu­lation, le support de cette transmission de motifs et de thèmes pourrait bien être la conservation de collections numismatiques constituées dès cette époque.

On sait que Chlore a monté en 297 une ex­pédition en l'île de l'actuelle Grande-Bre­tagne marquée par la prise de Londres. Le trésor de Beaurains contenait une unique monnaie d'or représentant la ville et ses remparts pour commémorer cet évène­ment, reproduite après cette mise au jour par galvanoplastie.

Présentation d'un médaillon en plomb dé­couvert dans la Saône en 1852, représen­tant en deux registres superposés, tout d'abord deux tétrarques tenant un sac de monnaies assis et entourés de soldats, puis des personnages traversant le Rhin sur un pont fortifié. Enfin un multiple de solidus nous est montré, émis sous Constantin et représentant la Porta Nigra de Trèves : au ­dessus de la porte, la statue de l'empereur. Dernières diapositives projetées : des bron­zes émis sous Maxime et Fabius Victor au IV, siècle, toujours dans l'optique du sujet traité.

La remarque finale insiste sur la difficulté technique à laquelle se heurtaient les gra­veurs de représenter sur une face de mon­naie la perspective d'une enceinte de ville avec ses tours et ses portes. C'est pourtant cet exploit à la fois technique, artistique et culturel qui nous permet de disposer de re­présentations de monuments disparus à ja­mais.

 

                                          Jacques Thilliez

 

 

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