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COMPTES RENDUS DES
CONFÉRENCES
De 2003
CONFÉRENCE
du
8 Janvier 2003
« Saint-Marin et ses monnaies »
par M. Christian
Charlet.
Au IV, siècle, un ermite (saint
Marin) originaire de la côte dalmate, fuyant la persécution religieuse,
installe un ermitage sur un ancien volcan qui domine la plaine côtière de
Rimini, le Mont Titan. Dès le Vllle siècle, une communauté urbaine se
constitue, qui devient une ville forte puis une république, la plus vieille du
monde, enclavée dans les Etats pontificaux. Elle conserve son indépendance
dans l'unification de l'Italie sous Victor-Emmanuel Ier. Et alors
que Saint-Marin ne s'était jamais dotée d'un monnayage propre, à partir de
1861, pour marquer le maintien de son indépendance, elle fait frapper à
l'atelier de Milan deux monnaies en bronze de 5 et 10 centesimi alignées sur le
système de la Lire. En 1898 et 1906, elle fait frapper à l'atelier de Rome des
pièces d'argent de 50 centesimi et 1, 2 et 5 Lires, puis en 1925 de 10 et 20
Lires. La frappe reprend à l'époque de Mussolini de 1931 à
1938 pour des pièces d'argent de 5 à 20 Lires.
Puis de 1972 à 1978 pour des pièces de 1 à 1 000 Lires. Enfin, en 2001,
Saint-Marin émet une série complète dans le système de l'Euro, une des plus
difficiles à se procurer parmi celles des quinze pays de l'Euroiand.
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
5
Février 2003
«le site de Ribemont-sur-Ancre»,
par M. Jean-Louis
Brunaux
Proche d'Albert et Corbie, le gisement dont
les fouilles ont commencé en 1963 et se poursuivent encore, est situé sur un
versant de la vallée de l'Ancre, un affluent de la Somme. Un de ses caractères
exceptionnels est la conservation partielle de plus d'un hectare de sol de
l'antiquité en état de l'époque, ce qui donne aux fouilles un intérêt de
premier ordre. Pareille étendue exclut l'hypothèse d'un simple lieu de culte,
comme aussi l'importance des matériaux mis au jour : 40 000 os humains, 10 000
armes, et des objets divers (chars, monnaies d'or, un torque en or, etc.): La
certitude est acquise de ce qu'on est en présence du site d'une grande bataille
dont l'époque se situe vers l'an 260 avant J.-C., entre une population belge
d'Ambiens agriculteurs installée au début du siècle et des Armoricains
probablement originaires des régions du Mans et de Lisieux (d'après les
monnaies retrouvées). Les combattants étaient plusieurs milliers. A partir des
années 50, l'occupation romaine s'est installée sur les lieux, manifestée par
les_ restes de la construction d'un lieu de culte sur une couche de terre de
recouvrement de la couche de terrain précédent.
Une bataille
produisant des vaincus et des vainqueurs, les cadavres des deux catégories ont
été rassemblés dans deux enclos distincts (le premier quadrangulaire et le
second circulaire), avec un traitement différent. Ceux des vaincus ont été
décapités, car la récupération de la tête du vaincu constituait un trophée conservé
par son vainqueur. La manière dont les restes des vaincus et des vainqueurs
respectivement ont été rassemblés et traités manifestent une activité cultuelle
(sacrifices) différente dans chacun des deux enclos : sur quatre autels aux
quatre angles du premier et sur un seul au centre du deuxième. Tous ces
aspects, et leur importance, sont ceux d’un gisement de tout premier ordre
particulièrement enrichissant en renseignements historiques.
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
2 Avril 2003
«Les livres des changeurs
médiévaux comme sources d'informations historiques et numismatiques »
par
M. Marc Bompaire.
Pour toute étude
numismatique, l'important est d'abord de recenser et d'étudier les monnaies, mais
aussi les textes d'archives concernant leur création et leur production. Parmi
ces écrits utiles, on pense moins souvent aux livres des changeurs parce qu'il
ne s'agit pas dé documents officiels.
Les livres ou registres
des changeurs, établis par eux-mêmes pour leur propre usage, décrivaient les
monnaies que leur profession amenait sous leurs yeux, en tant qu'aide-mémoire
pour les reconnaître, et ils détaillaient leurs caractéristiques
physiques de titre et de poids pour faciliter l'évaluation de leur cours de
change.
Un ouvrage historique
connu, le « Recueil de Documents Relatifs à l'Histoire des Monnaies frappées
par les Rois de France depuis Philippe II jusqu'à François 1e` », en quatre
tomes; par F
de Saulcy, dans lequel on trouve
les aide-mémoire des changeurs, a été critiqué dès la parution du 1e,
tome. Et l'auteur a été privé du concours des imprimeries officielles pour les
tomes suivants, qu'il dut publier à compte d'auteur ! II n'était pourtant pas
le premier dans cette initiative : rappelons l'ouvrage de Le Blanc, les
travaux de Lautier (Traité Historique des Monnoies de France, de 1690), etc.
C'est à partir de la fin
du XVe siècle que les administrations ont commencé de diffuser des listes
officielles des monnaies, d'ailleurs restreintes à celles qui étaient
autorisées à circuler, avec leur description illustrée et leur cours
Les
livres des changeurs ont commencé d'être publiés bien avant, dès le début du
XIVe siècle, en Italie, recensant les monnaies d'or frappées en Occident (en
Italie principalement : ducats et florins de Florence, Gênes, Sienne,
Venise..., mais la frappe de l'or se généralisa en Europe occidentale à partir
du milieu du siècle), et aussi les monnaies byzantines.
Malard,
installé à Montpellier-, recensa dans ses listes les monnaies d'or
frappées jusqu'en 1410, mais il produisit aussi un supplément en 1455.-Ses
dessins étaient particulièrement soignés. Pièces concernées : florins de
Florence et ses imitations ; pièces d'or françaises, notamment de Philippe Vl
de Valois dont la liste est presque complète ; réaux de Majorque dont certains
très rares et même exceptionnels dont un au moins n'a jamais été retrouvé ;
florins de Savoie et Pignerol dont certains ne sont connus que par ce
manuscrit... on doit noter qu'il concerne surtout les monnaies méridionales
plus que nordiques de Flandre et des pays rhénans.
Naturellement,
les livres de changeurs les plus anciens ont été par la suite recopiés et remis
à jour: A signaler que certains sont agrémentés de sentences morales humoristiques,
de divertissements arithmétiques, etc.
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
7 mai 2003
« Les fauxmonnayeurs gallo-romains de Châteaubleau
(Seine-et-Marne)»
par M. Fabien Pilon
Situé à 70 km au sud-est
de Paris, la commune de Châteaubleau (Seine-et-Marne) abrite les vestiges
d'une importante agglomération gallo-romaine dont un quartier d'habitations et
plusieurs monuments, deux sanctuaires et un théâtre, ont pu être mis au jour.
L’existence d'une activité monétaire y est également connue depuis 1865, grâce
à la découverte de moules monétaires en argile. Toutefois, ce n'est que très
récemment qu'une série d'opérations archéologiques a permis de localiser trois
ateliers monétaires ayant fonctionné dans la période ca 260-décennie 280.
La découverte de ces
officines est une découverte majeure pour la numismatique du Bas-Empire, car
ce sont les établissements de ce type les plus importants répertoriés à ce jour
avec, notamment, la fabrication de trois dénominations (deniers, antoniniani et
doubles sesterces) et ce par deux techniques différentes : le coulage et la
frappe. Des fouilles archéologiques ont été entreprises depuis 1997 à
l'emplacement et au voisinage de deux d'entre elles. Les résultats acquis lors
de ces opérations vont permettre d'étudier très précisément les structures
ayant abrité cette activité et d'établir un catalogue des flans monétaires,
moules en argile et monnaies, qui soit significatif, tant pour les monnaies
produites que pour leurs caractéristiques métrologiques et les techniques mises
en oeuvre...
Ces recherches
archéologiques sont aussi le point de départ d'une thèse à l'Université Paris
X-Nanterre qui devra notamment préciser si l'on est en présence de plusieurs
ateliers distincts ou bien d'un seul, à plusieurs officines. II permettra
également de réfléchir aux instigateurs de cette lucrative activité, aux
complicités dont ils auraient pu bénéficier pour faire perdurer l'activité pendant
au moins quinze ans, et finalement au statut de leurs productions (faux monnayage,
monnayage de nécessité...). Enfin, au delà de l'importance locale et régionale
de cette émission de monnaies, qu'il conviendra d'estimer en termes de
quantité mais aussi de diffusion, cette recherche devrait apporter des éléments
d'informations importants pour mieux comprendre la place de ces ateliers qui
se sont multipliés en Gaule dans la seconde moitié du Ille siècle.
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
2 Juillet 2003
«Le problème des attributions en
numismatique gauloise »
par
Louis-Pol Delestrée, président de la SENA.
A
part une minorité, les gauloises sont muettes quant à leur origine et il
n'existe pas d'archives auxquelles se référer. On rencontre donc des problèmes
pour les attribuer à une peuplade, à une époque, à un atelier.
C'est à la fin du XIXe
siècle, peut-être en compensation de l'humiliation de la défaite de 1870-1871,
que s'est développée la mode de l'apologie des ancêtres gaulois, dont des
trouvailles avaient déjà mis au jour leurs mystérieuses monnaies. D'où une accentuation
des recherches pour les identifier. Cela s'est concrétisé en particulier par
la publication de L'Atlas de
Latour en 1892 (remis à jour par Brigitte Fischer en 1992) et du Traité des Monnaies Celtiques d'Adrien
Blanchet en 1905. Les travaux de Colbert de Beaulieu (fondateur de la SENA) ont
marqué beaucoup plus récemment un progrès déterminant. D'autre part, on ne saurait
omettre les travaux et publications de nos collègues et voisins britanniques.
L'idée
dominante, pendant des décennies, était de rattacher les monnaies aux tribus signalées
par Jules César dans La Guerre des
Gaules. Mais César n'a parlé que des peuplades auxquelles il a
eu à faire, comme alliés ou adversaires, et il en a existé
d'autres parfois au moins aussi importantes. D'autre part, les tribus et leurs
territoires ont pu s'agrandir ou se rétrécir, se fractionner ou se déplacer, comme
l'ont fait les Helvètes qui ont émigré vers l'ouest ce qui
a d'ailleurs déclenché la Guerre des Gaules.
Une perspective
dangereuse est celle de produire des catalogues commerciaux. Certes, il faut
identifier et classer pour mettre en vente, mais le faire à tout prix et trop
rapidement conduit à publier des bourdes, et quand ensuite on s'y réfère on
accentue encore les fausses pistes.
On
a toujours la tentation d'attribuer les monnaies trouvées dans une région
donnée à la peuplade qui était censée l'avoir occupée, toujours d'après César.
Mais un trésor peut avoir été transporté avant d'être caché. La probabilité de
se tromper diminue évidemment lorsqu'on a découvert dans une même région
plusieurs trésors comparables.
Certaines séries connues
ne peuvent encore être rattachées à aucun peuple précisément, mais seulement
à un monétaire. Celui-ci était un artisan qui se déplaçait à la demande d'un
lieu à un autre pour se met
tre
au travail sur ordre. II n'existait pas d'ateliers monétaires gaulois comparables
à ceux des Romains ou des Grecs, qui employaient à poste fixe leurs graveurs
et leurs monétaires. A partir des gisements fouillés, les monnaies celtes
semblent avoir été produites dans des sanctuaires (à l'ouest) et des oppidum
(à l'est). Le monétaire arrivait avec ses coins personnels. Ceux-ci, ayant
leurs reliefs en creux, étaient obtenus par estampage à partir de poinçons
gravés en relief dans un métal plus résistant, dont on n'a retrouvé en tout que
trois exemplaires. II y avait très peu de graveurs de poinçons, auxquels on
faisait appel pour émettre des séries monétaires locales, d'où des types
thématiques, par exemple celui dit « au coq ». Du fait que les monétaires
étaient des ambulants, leurs coins pouvaient servir en divers lieux de frappe.
Les ateliers monétaires eux-mêmes ont probablement été itinérants. Enfin, on
ne peut pas exclure les copies de types d'un peuple par un autre.
De
cet exposé, il résulte que l'affectation d'une série de pièces à une tribu
donnée dans une région donnée ne peut résulter que d'un patient travail de mise
en convergence de critères patiemment réunis.
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
3 Septembre 2003
«Circulation monétaire en Basse-Normandie au XVIe siècle »
par
M.
Jambu, professeur doctorant d'histoire.
Les sources de renseignements disponibles
sont peu abondantes : les archives de la production monétaire au Moyen Age et
sous l'Ancien Régime de l'atelier de Saint-Lô ont été brûlées pendant la
Deuxième Guerre mondiale et on ne peut compter que sur les comptes des
notaires, tabellions et changeurs, et sur de rares archives privées (comme
celles de Gilles de Gouberville et Perrode de Cairon). Encore faut-il dire que
ces documents se sont souvent mal conservés et sont difficiles à déchiffrer.
Ils concernent des successions (dont une partie était souvent partagée
officieusement en espèces sans être enregistrée dans les actes), des
versements de dots, des acquisitions immobilières, mais aussi des paiements de
fermage, de salaires, de services, des achats courants, et enfin les
opérations de change effectuées par les changeurs.
Ces derniers avaient pignon sur rue, en l'espèce
une officine dans une ville moyenne mais celle-ci était souvent tenue par leur épouse
ou par un employé car les changeurs étaient fréquemment en déplacement, pour
participer aux nombreuses foires ou pour affaire avec un client. Les
opérations de change consistaient soit « à faire de la monnaie » en changeant
par exemple une pièce d'or contre des pièces de billon, soit à changer des
monnaies étrangères contre leur équivalent en monnaie officielle : il
circulait à l'époque en Normandie beaucoup de pièces espagnoles et dans une
moindre mesure anglaises obtenues en contrepartie de leurs produits par les
éleveurs de bestiaux d'embouche ou des fabricants de produits textiles. Il y
avait, non seulement des changeurs officiels, mais aussi occasionnels parmi
lesquels on trouvait souvent des merciers. Les opérations de change étaient
réglementées par des tables de conversion produites par les pouvoirs publics;
mais il se produisait dans la pratique des accommodements issus de la loi de
l'offre et de la demande, pouvant aller jusqu'à 20 % d'écart entre cours officiel
et cours réel. Les changeurs, et aussi les gens riches, étaient équipés d'un
trébuchet et de poids monétaires pour pouvoir vérifier les pièces qui leur
étaient présentées, en cas de doute.
Telle
qu'on peut s'en faire une idée, la circulation monétaire au XVIe siècle
comportait
pour les grosses opérations des pièces d'or
parfois anciennes : écus d'or remontant jusqu'à Charles VI, saluts d'or
d'Henri VI, escudos, double excellente, nobles d'or qui ont continué à
circuler de manière certaine jusqu'en 1602, alors qu'ils ont été décriés en
1575. Ces pièces ressortaient parfois au jour après une thésaurisation. Les
monnaies utilisées pour les opérations courantes étaient en billon (blancs,
douzains), sans oublier les paiements en tout ou en partie en nature. Entre les
monnaies d'or et de billon, on trouvait des monnaies d'argent, testons à partir
de François le, et francs, demis et quarts de franc à partir d'Henri
II, réales... ainsi, les baux et les dots étaient souvent payés en pièces
d'argent dans la 2e moitié du XVIe siècle.
Pour ce qui concerne la production monétaire
dans les ateliers de Rouen, Caen et Saint-Lô, elle était importante : au XVIe
siècle, elle représentait 10 à 12 % de la production du royaume (alors que les
impôts étaient de l'ordre de grandeur de 20 à 25 %). La Normandie était une
province riche et prospère. Autre fait : pour la frappe de l'or, l'atelier de
Rouen avait le 2e rang des ateliers de Province. A cette production locale
s'ajoutait l'afflux de pièces étrangères dont il a déjà été question. L’absence
de banques obligeait à cacher ses espèces pour les conserver : on en retrouve
encore !
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
Ier Octobre 2003
«histoire de la numismatique chinoise»,
par M. François
Thierry, conservateur en chef au Cabinet des Médailles
La numismatique comme domaine d'étude apparaît
en Chine vers le Ile siècle avant Jésus-Christ. Les textes historiques décrivent
les monnaies chinoises, parthes et indo-scythes. Le premier ouvrage purement numismatique
semble être le Canon des Monnaies qui date du 11e siècle après Jésus-Christ.
La plupart des premiers ouvrages ont disparu et ne sont connus que par des citations
postérieures. Sous les Liang (502-550) plusieurs numismates écrivent des traités
dont le plus connu est le Qianzhi (Traité des monnaies) de
Gu Xuan. Sous les Tang (618-907) Feng Yan développe la numismatique en
publiant et en analysant les trésors monétaires. De cette époque, on a aussi
découvert la collection de monnaies du prince Li Shouli qui comprenait des
monnaies chinoises antiques et médiévales ainsi que des monnaies étrangères,
byzantines, sassanides et japonaises en particulier. Sous les Song, est
imprimé en 1149 le premier livre de numismatique, le Quanzhi de Hong Zun. Cet
ouvrage imprimé entraîne une sclérose de la recherche car il est considéré
comme un modèle incontournable. II faut attendre le milieu du XIXe
siècle pour que la numismatique fasse sa seconde révolution avec l'ouvrage de
Li Zuoxian, le Guquan hui. Li utilise l'épigraphie, l'archéologie,
l'histoire et la philologie pour étudier les monnaies. De son exemple, naîtra
la troisième révolution initiée par Ding Fubao qui, dans les années 1930,
appliquera à la numismatique les méthodes des sciences modernes. Les élèves de
Ding Fubao sont à l'origine de l'actuel développement de la numismatique en
Chine.
François
Thierry
De l'échange de questions et réponses ultérieur,
on peut dégager les informations complémentaires suivantes:
- sans connaître le chinois, on peut souvent
dégrossir l'identification d'une pièce en comparant les idéogrammes aux figures
qui illustrent les manuels, par exemple le Krause & Mishler;
- la numismatique chinoise a inspiré celles du
Japon et d'autres pays du sud-est asiatique;
- le cuivre a été le seul métal monnayé en
sapèques et, pour les opérations de paiment, ces pièces étaient enfilées sur
une ficelle pour former des guirlandes, qui étaient pesées sans qu'on se
préoccupe d'examiner les pièces individuellement pour les vérifier;
- attention donc aux faux, dont la production
a toujours constitué une véritable industrie en Chine. De certains types, on
ne connaît que des pièces fausses;
- les frontières s'ouvrent: on commence à
rencontrer en Chine des collectionneurs de monnaies de l'extérieur, et cela
depuis les antiques grecques; romaines, etc. De même le conférencier a pu
repérer chez les anglo-saxons et en France des amateurs de monnaies
chinoises.
Jacques Thilliez
CONFÉRENCE
Du
5 Novembre 2003
« La Théologie des sons et de la parole chez les Celtes et dans
leur numismatique»
par M. Dominique
Hollard, membre du Comité de direction de la SENA
et rédacteur en chef
des Cahiers Numismatiques .
La lyre est l'instrument de musique
classiquement représentée sur les monnaies gauloises. On y trouve aussi,
quoique moins fréquemment, l'arc en tant qu'instrument de chasse ou de guerre
mais aussi de musique parce qu'il produit un son lorsque sa corde se détend lors du tir qui exprime
la puissance de l'arme. La lyre et l'arc, l'un comme l'autre instruments à
corde produisent des sons signifiant une puissance.
Le dieu Lug (Lugus) était l'homologue celte à
la fois d'Apollon et de Mercure, le dieu grec du commerce (et des voleurs), et
aussi des médecins, dont la parole exerçait un pouvoir. Rien d'étonnant à ce
que la puissance divine, à la fois sonore et active, ait trouvé sa
représentation dans la lyre ou dans l'arc. Lug est aussi représenté par le
corbeau, l'oiseau qui parle (ersatz du perroquet), ou encore par le cheval,
animal puissant et efficace au combat.
Lucien de Samothrace parlait d'un Hercule
gaulois avec une cour de suiveurs attachés à lui par l'oreille au moyen de
chaînes qui lui sortaient de la bouche: toujours le mythe de la parole en tant
qu'ensemble de sons qui sont des liens, vecteurs de force et de puissance. Le
conférencier montre des représentations de statères imités de ceux des Celtes
du Danube, sur lesquels on distingue parfaitement des volutes sortant de la bouche de l'effigie comme les ondes de sa
parole. L'effigie d'un de ces statère comporte aussi une lyre gravée sur la
joue comme un tatouage:
C'est en démontrant à son
retour à Ithaque qu'il était le seul capable de se servir d'un arc magique
conservé en son absence en son domicile qu'Ulysse se fait reconnaître de sa
femme et de ses sujets.
César dans « La guerre des Gaules » parle des archers
gaulois comme étant très redoutables ; il reconnaît aussi à ses adversaires le
don de l'éloquence : toujours la liaison entre les sons de la parole et la
puissance active. On sait que le goût prononcé des gaulois pour la parole s'est
poursuivi bien au delà de l'époque de leur latinisation...
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
4 Décembre 2003
«Les portes et enceintes civiles ou
militaires
dans les
numismatiques grecque et romaine »,
par M. Michel Amandry, directeur du Cabinet
des Médailles.
L’intérêt de la question
n'est pas récent puisque c'est en 1859 qu'a été publié l'ouvrage de base sur le
sujet: Architectura
Numismatica.
C'est
au Ille siècle avant J.-C.
que les présentations en relief de fortifications militaires sont apparues sur
des poteries qui montrent que le passage du 2D au 3D (comme on dit maintenant
en informatique) a une longue histoire. Les monnaies grecques représentant des
enceintes et des portes de ville ou de fortifications sont très rares, mais
cela s'est développé dans la numismatique romaine.
On y trouve au ler siècle avant J.-C. des pièces d'or, sous Servius
Rufus, représentant sur une des faces l'enceinte d'une ville avec toutes ses
tours vues de face.
Le légat en Espagne de
l'empereur Auguste, Carisius, a émis des denarius d'argent et des dupondius de
bronze dont le revers montrent l'enceinte de la ville d'Emerita, dont le nom
était reproduit en toutes lettres au fronton de la porte.
C'est particulièrement
dans la région qui s'étend entre le Danube et le Pont-Euxin qu'à partir du IIQ
siècle après J.-C. six villes fortifiées émirent des monnaies illustrant le
sujet qui nous retient (Nicée, Andrinopolis, Philippopolis, Hebre, Ankialos,
Bizye), particulièrement sous Gordien, Septime-Sévère, Hadrien... La porte est
généralement représen- tée au premier plan, en bas au centre entre deux tours
crénelées, et le reste de l'enceinte de la ville se referme par dessus pour
donner l'impression d'une vue panoramique. On sait qu'en 249, Philippe l'Arabe
a séjourné à Bizye au cours d'une expédition militaire, ce qui a été commémoré
par une pièce représentant la ville : une porte à 6 heures, une autre à 12
heures, encadrées et accompagnées sur la périphérie par une dizaine de tours
crénelées, et la diapositive montre à l'intérieur de cette enceinte la représentation
d'un forum et d'un temple. Comme suite à la réforme monétaire marquée de
l'empreinte néronienne, autour des années 270, ont été frappés sous Constance
et Chlore des monnaies inspirées des motifs des deniers de Caricius reportant
à au moins 300 ans en arrière, représentant comme ces derniers le nom de la
ville surplombant la porte. Comme les pièces de Caricius n'étaient
certainement plus en circulation, le support de cette transmission de motifs
et de thèmes pourrait bien être la conservation de collections numismatiques
constituées dès cette époque.
On sait que Chlore a
monté en 297 une expédition en l'île de l'actuelle Grande-Bretagne marquée
par la prise de Londres. Le trésor de Beaurains contenait une unique monnaie
d'or représentant la ville et ses remparts pour commémorer cet évènement,
reproduite après cette mise au jour par galvanoplastie.
Présentation d'un
médaillon en plomb découvert dans la Saône en 1852, représentant en deux
registres superposés, tout d'abord deux tétrarques tenant un sac de monnaies
assis et entourés de soldats, puis des personnages traversant le Rhin sur un
pont fortifié. Enfin un multiple de solidus nous est montré, émis sous
Constantin et représentant la Porta Nigra de Trèves : au dessus de la porte,
la statue de l'empereur. Dernières diapositives projetées : des bronzes émis
sous Maxime et Fabius Victor au IV, siècle, toujours dans l'optique
du sujet traité.
La remarque finale
insiste sur la difficulté technique à laquelle se heurtaient les graveurs de
représenter sur une face de monnaie la perspective d'une enceinte de ville
avec ses tours et ses portes. C'est pourtant cet exploit à la fois technique,
artistique et culturel qui nous permet de disposer de représentations de monuments
disparus à jamais.
Jacques
Thilliez