2003   

COMPTES RENDUS DE CONFERENCES  

2005

 

 

 

COMPTES RENDUS DES CONFÉRENCES

De 2004

 

 

 

 

CONFÉRENCE

Du

7 Janvier 2004

 

 

« L'Évolution iconographique et héraldique de l'aigle impérial russe»

par M. Michel Popoff, du Cabinet des Médailles.

 

Le motif de l'aigle impériale bicéphale est issu du fond des âges, de la Mésopotamie et de Sumer, un ou deux millénaires avant J.-C.

 

II n'a pas été d'ailleurs le privilège ex­clusif de rois ou d'empereurs : il ornait aus­si le bouclier de Duguesclin. Pour ce qui concerne la Russie, il a été utilisé très an­ciennement par les tsars, et très récemment par le gouvernement russe.

Ne le confondons pas avec le blason de la ville de Moscou qui représente saint Geor­ges combattant le dragon. Déjà, le sceau de Vassili II au XVe siècle l'avait adopté. Rappe­lons que c'est vers 1350-1450 que les tsars se constituèrent un domaine autour de Mos­cou qui n'était pas à cette époque la plus grande ville du pays, mais la plus centrale.

Le petit-fils de Vassili II, Yvan III, épousa en 1472 Sophie, de la famille byzantine des Pa­léologues, et c'est à cette époque que l'aigle bicéphale s'imposa comme l'armoirie re­présentative de l'empire russe.

C'est sous Yvan IV qu'eut lieu la réforme monétaire qui a imposé « la » ou « le Kopek » (féminin en russe, masculin en français), qui a commencé, en 1606, par être une petite pièce d'or d'environ 1/2 gramme. Le Kopek a été la seule unité monétaire représentée par des monnaies jusqu'autour de 1700.

Au cours du XVlle siècle, ont circulé en Rus­sie des pièces d'argent étrangères de grand module contremarquées : thalers, dalers, patagons, etc. leur valeur était évaluée en kopeks: L’unité nouvelle du rouble de 100 kopeks n'est apparue qu'après 1700, sous l'autorité de Pierre le, (1689-1725) qui institua la frappe des pièces d'argent russes de grand module, en commençant d'ail­leurs en 1701 par une pièce de 50 kopeks, suivie à partir de 1704 de pièces de 1 rouble. L’avers de ces pièces d'argent représentait l'aigle bicéphale aux deux têtes couronnées surmontées d'une couronne plus grande, la serre droite tenant un sceptre et la gauche un globe supportant une croix.

Un ducat d'or frappé sous Pierre-le-Grand en 1712 inaugura une nouveauté : au centre de la pièce, sur le corps de l'aigle bicéphale, figurait un écu représentant les armes de Moscou. Cette nouveauté s'est confirmée sur un ducat d'or frappé en 1730 sous An­ne Il, (1730-1740).

Sous Yvan VI (1740-1741), le sceptre à gau­che s'allonge.   -

Sous Élisabeth lère (1741-1761), un change­ment de style s'amorce en 1742 : l'héraldis­me s'abatardit dans sa conception.

Sous Pierre III (1762), on retrouve sur la piè­ce de 15 kopeks une nouveauté déjà appa­rue sous Catherine 1(1725-1740) en 1726: le 15 en relief sur la poitrine de l'aigle, en plus des quinze points en relief proches du listel (qui permettaient aux illettrés nombreux à l'époque de reconnaître la valeur faciale de la pièce.)

A partir de quoi les types monétaires se sta­bilisent jusqu'à un renouvellement du style sous Nicolas I (1825-1855), qui présente les deux têtes d'aigle sans couronne sous la grande couronne supérieure, et l'apparition d'armoiries secondaires disposées sur les ailes de l'aigle et figurant des titres de do­mination supplémentaires du tsar sur des villes (par exemple Kazan) et des contrées (par exemple la Finlande). On note aussi, sous ce règne, l'apparition en 1828 de piè­ces en platine de 3 roubles, et même de 6 et 12 roubles en quantités très faibles : l'avers de ces pièces représente l'aigle bicéphale impérial.

A partir de là, on ne constate plus d'évolu­tion notable jusqu'à la révolution de 1917 qui supprima l'Empire, et donc l'aigle qui en est le signe, au profit d'un dessin du mar­teau et de la faucille. Malgré tout, on a conservé le rouble et le kopek, après une tentative infructueuse de les supprimer.

 

Jacques Thilliez

 

 

 

 

CONFÉRENCE

Du

4 Février 2004

 

 

« Les Suisses de porte à la Monnaie de Paris, de Louis XV à la Ille République (1744 à 1899) »

par M. Jean Hubert-Brierre,

mem­bre de la Société des Amis du Musée Fran­co-Suisse de Rueil-Malmaison.

 

L’assistance à cette conférence était honorée de la présence de Madame la Conservatrice de ce musée, ainsi que M. Hanspeter Mock conseiller à I’Ambassade de Suisse.

Depuis Louis XI jusqu'à Napoléon III, les souverains français ont pris l'habitude d'employer des Suisses comme soldats qui se sont révélés valeureux et sûrs. Les unités des Cent-Suisses et du Régiment des Gar­des Suisses en sont des exemples. A partir de quoi l'habitude a été prise d'employer aussi des Suisses comme portiers, concier­ges et gardes de domaines, de châteaux et d'hôtels particuliers appartenant au roi ou à des personnages haut placés. Les églises importantes avaient aussi un « suisse » pour diriger le service d'ordre et veiller à la sécurité de l'assistance aux offices. Ce personnel n'avait pas de statut militaire mais portait un uniforme et souvent une arme d'apparat (épée, hallebarde ... ).

C'est en 1774 sous le règne de Louis XV que l'Administration des Monnaies fut installée dans l'actuel Hôtel de la Monnaie, quai Conti à Paris. Un premier suisse de porte lui fut dès alors affecté, du nom de Roch-Antoine Collenberg, natif du petit village romanche de Lumbrein, dans les Grisons, comme ses frères aînés qui l'avaient précédé en France dès 1746. II fut le premier de toute une lignée dont l'histoire qui fait corps avec celle de l'Hôtel de la Monnaie de Paris est celle d'une véritable saga familiale. Le conférencier lui­ même en est un lointain descendant (la fille de Roch-Antoine, Anne-Marie, était la grand­-mère de sa grand-mère).

Roch-Antoine fut rejoint à l'Hôtel de la Monnaie par son frère Valentin qui devint homme de confiance du contrôleur-général de l'Averdy, ancien ministre d'État et fut logé à l'Hôtel de Conti situé dans l'enceinte de la Monnaie, où fut signé son contrat de mariage. Anne-Marie dont nous venons de parler est née à l'Hôtel de la Monnaie.

Le conférencier relate la vie à l'Hôtel de la Monnaie de ses ancêtres et de leurs succes­seurs qu'il appelle les « Romanches de la Monnaie », à travers tous les évènements, révolutions, troubles et guerres qu'ils ont tra­versés, parfois au prix de grands dangers, mais toujours dans la fidélité à leur mission, et tout en maintenant les relations avec leur famille demeurée dans les Grisons.

 

Jacques Thilliez

 

 

 

 

RÉUNION DU

3 Mars 2004

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

 

L’assemblée générale annuelle de la société s'est tout d'abord consacrée au rapport moral du président sortant Louis-Pol Delestrée, au rapport d'activité du secrétaire général Philippe Schiesser et au rapport financier la trésorière Françoise Skora. Ces exposés ont été approuvés à main levée par l'assemblée.

Celle-ci a été ensuite invitée à voter dans les formes légales l’élection des membres du comité de direction (ou bureau de la société). Le nouveau président de la SÉNA est M. Jean-Claude Michaux. II y a peu de changement en ce qui concerne les autres fonctions. L’assemblée a approuvé le maintient en activité du groupe de travail permanent « site Internet ». Elle a pris note de l'organisation d'un voyage d'étude dans la Somme au mois de mai.

 

Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

Du

7 Avril 2004

 

« Un camée d’Anne de Montmorency »

par M. Michel Duchamp.

 

Au cours d'une vente publique de la fin de l'an dernier à Paris, a été adjugé sans préemption à un prix étonnamment bas étant donné la qualité exceptionnelle du lot (in­suffisance de l'expertise, de la publicité préalable, ou des deux...) un camée de la Renaissance marqué par l'influence italien­ne représentant le duc et connétable Anne de Montmorency (1492-1567), grand sei­gneur de son époque.

Le visage a été gravé sur un grenat oriental dans un style magnifique, le buste drapé et cuirassé sur un jaspe. Le revers plus mo­deste présente le monogramme A et M sur une surface d'argent. L’encadrement est un médaillon en parfait état.

Le conférencier a accompagné son com­mentaire de la projection de diapositives effectuées par ses propres soins.

Puis, bien que ce ne fût pas prévu ni annon­cé préalablement, l'assistance a eu droit à une présentation de la collection de camées et intailles du duc de Blacas. Cet émigré de la Révolution ayant fait partie de l'entoura­ge de Louis XVIII, s'était fait beaucoup de relations dans le milieu artistique italien au cours de son long séjour dans ce pays avant de mourir à Vienne en 1839. Les diapositives projetées ont d'abord présenté son portrait par le peintre François-Xavier Favre, puis un ensemble de pierres gravées par les graveurs italiens les plus célèbres de l'époque (Chiaparelli, Girometti, Santarel­li...) représentant Léonard de Vinci, Galilée, Bossuet, etc.

 Jacques Thilliez

 

 

CONFÉRENCE

du

5 mai 2004

 

« Le métal avant la monnaie : le matériel des fouilles archéologiques de

l’Atelier monétai­re de La Rochelle »

par M. Flo­rian Tereygeol.

 

L’exposé accompagné de projections a ren­du compte d'une étude du matériel récolté au cours de fouilles effectuées sur l'empla­cement d'un ancien atelier monétaire ayant fonctionné du XV° au XVII° siècle à La Ro­chelle. Ces fouilles ont livré un petit stock de métal à divers stades d'élaboration des­tiné à la frappe au marteau de deniers et de doubles tournois en billon ainsi que des coupelles ayant servi à des essais métallur­giques. A partir de quoi, l'objectif de la re­cherche consistait à reconstituer les procé­dés mis en oeuvre pour préparer les flans, pour les replacer dans le cadre de ce qu'on connaît des méthodes de travail pratiquées à l'époque, notamment par le Traité des Monnaies de Jean Boizard.

Le stock de métal comportait des lames et des carreaux découpés dans celles-ci, les uns de forme carrée et les autres de forme circulaire, manifestement destinés à consti­tuer des flans monétaires. Pour passer de la forme carrée à la forme circulaire, les traces relevées ont avéré l'usage de cisailles mais aussi de martelage de la tranche. On sait que des monnaies appelées « deniers four­chus » ont été directement obtenus par la frappe de flans non circulaires.

La recherche effectuée sur le stock de métal s'est attachée à produire un échantillonna­ge statistique des flans retrouvés selon leur teneur en pourcentage de cuivre et d'argent mais aussi de zinc et de plomb, qui a fait ap­paraître sur les diagrammes trois groupes distincts en forme de nuages de points qui recoupent manifestement la destination des flans à tel ou tel type monétaire à produire. Parmi les objets d'outillage retrouvés figu­rait une pierre de touche telle qu'on en utili­se encore à notre époque chez certains arti­sans orfèvres. Et aussi quatre coupelles d'environ quatre centimètres de diamètre et pesant de trente à quarante grammes mani­festement destinées à des opérations d'ana­lyse métallurgique telles qu'on savait les faire à l'époque, pour vérifier sommaire­ment le titre en argent d'un alliage de billon. II s'agissait de « coupelles de cendres », ob­tenues par moulage et séchage d'une pâte mouillée de cendres d'os d'origine animale. On a pu constater sur les coupelles usa­gées, à partir de la surface de la cuvette in­térieure où s'accumulait sous l'action de la chaleur d'un four l'argent de l'alliage, la dif­fusion des métaux vils dans les pores du matériau constituant la coupelle. Ainsi était-­il possible d'évaluer le titre de l'alliage.

C'est la première fois qu'on fouillait le site d'un atelier monétaire officiel, et l'étude qui a été ainsi menée rend bien compte des opérations qui précédaient à l'époque la frappe de monnaies de billon.

 

Jacques Thilliez

  

 

 

 

CONFÉRENCE

du

2 Juin 2004

 

« Monnayage frappé par la IIIe légion Cyrénaïque à Bostra, capitale de la province d’Arabie »

par M. Dominique Hollard.

 

L’Arabie romaine fut créée le 22 mars 106 par l’annexion du royaume nabatéen, client et allié de Rome. La cité caravanière de Bosra fut alors érigée au rang de capitale sous le nom de Bostra et accueillit dès lors le camp IIIe Cyrénaïque jusqu’alors cantonnée aux environs d’Alexandrie. La conquête fut concrétisée sur le plan monétaire par l’injection d’un monnayage d’argent (drachmes et didrachmes) frappé pour l’Arabie à Rome et à Antioche. Le numéraire de bronze tarda cependant à venir. La ville de Bostra ne commença en effet à frapper que sous Hadrien et en quantité très restreinte. Confrontée à une pénurie d’espèces de faible valeur, la IIIe légion Cyrénaïque fut alors autorisée, au cours des années 140-144 ap. J.-C., à frapper sous son propre nom inscrit au génitif (LEGIONIS III CYR) des bronzes à légende latine (sesterces, dupondii et as). Ces monnaies reprennent les motifs iconographiques (tête de Zeus-Ammon, victoire sur un globe, aigle légionnaire) liés à l’histoire de cette unité militaire dès son origine. Cette émission spécifique, sans équivalent apparent sous l’Empire, éclaire en réalité un phénomène plus général : celui de l’approvisionnement des troupes impériales dans les zones nouvellement conquises où le stock monétaire doit être constituer.

 

                                                               Dominique Hollard

 

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

Ier Septembre 2004

 

 

« Naviguer dans l’antiquité : ports, phares et navires sur les monnaies,>,

par M. Michel Amandry, directeur du Cabinet des Médailles.

 

Pour voyager dans l'Antiquité, à défaut d'avions, de chemins de fer, et de véhicules rapides circulant sur de bonnes routes, on n'avait guère d'autre choix que de prendre le bateau. De même, pour transporter les mar­chandises. Le bassin méditerranéen, seule mer parcourue régulièrement par un trafic, était sillonné de lignes maritimes régulières (sauf pendant la mauvaise saison, de fin sep­tembre à la mi-mars), jalonnées par des ports équipés de phares et de bâtiments pour stoc­ker les marchandises. Il existait deux sortes de bateaux : les navires de commerce de for­me arrondie et les navires militaires plutôt longs et effilés. Les uns et les autres étaient équipés de voiles et de rames. Les passa­gers avaient accès aux bateaux de commer­ce, mais aussi aux bateaux militaires ; Ils payaient le transport, mais pas la nourriture dont ils faisaient provision eux-mêmes pen­dant 1e trajet, à l'exception de l'eau, fournie à bord. Le confort était réduit à de simples toiles tendues pour protéger succinctement des intempéries. Il arrivait, en cas de tempê­te, qu'on soit obligé d'alléger le bateau en je­tant par dessus bord des marchandises, ce dont le propriétaire était dédommagé par la suite. La jauge moyenne d'un navire était de l'ordre de 70 à 80 tonneaux. Pour situer l'ordre de grandeur de l'importance du tra­fic de marchandises, Rome recevait par an d'Égypte et de Sicile 3 000 à 5 000 navires chargés de céréales. Les principaux ports étaient Ostie qui faisait fonction de plaque tournante, Terragone, Narbonne, Alexandrie, Gadés, etc.

Il n'était pas question de respecter des horai­res dans des voyages qui duraient des jours : 9 pour Ostie-Gadés, 5 pour Narbonne-Cartha­ge, 15 pour Rome-Alexandrie... On savait quand on partait, pas quand on arriverait ! Il existait aussi des navires de plaisance, princi­palement sur les voies fluviales.

Les monnaies de l'antiquité ont conservé le souvenir de tout cela : beaucoup représen­taient un navire, ou simplement une proue quelquefois ornée d'une sorte d'œil prophy­lactique, et plus rarement un port et un phare. Ces représentations figuraient sur le revers, l'avers étant réservé à feffigie (de l'empereur par exemple). Il y a eu peu de types de pièces d'or de cette catégorie, mais de nombreuses pièces d'argent et surtout de cuivre ou de bronze. Projections à l'appui de diapositives de pièces de la collection du Cabinet des Médailles, mais aussi de planches de l'ouvrage d'Ulrich Schaaf : Münzen der rômischen Kaiserzeit mil Schiffes Darstellungen (Im rômisch-germani­schen zentral Museum, particulièrement de Cologne).

La représentation d'un port pouvait ressortir à l'un ou l'autre des deux styles : soit une sorte de vue aérienne du port sous forme d'un cercle ou d'un polygone ouvert sur la mer, avec un ou des bateaux à l'intérieur, soit une vue horizontale d'un paysage portuaire. Cas particulier : des monnaies de Corinthe repré­sentant à la fois les deux ports situés sur cha­cune des deux rives de l'isthme, Lekaion et Kenkré (maintenant à chacune des extrémités de l'actuel canal de Corinthe). Il était fréquent que la représentation d'un port ou d'un phare fût accompagnée de celle de Poséidon ou d'Océanus, ou bien encore d'un monstre ma­rin.

         Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

6 Octobre 2004

 

 

 

« L'importance de la symbo­logie du métal dans la perception de la mon­naie en Bolivie »,

par Mme Pascale Absi.

 

Le métal argent et la monnaie ont une grande importance en « sciences » sociales et particu­lièrement en anthropologie : ce sont des mé­diateurs sociaux  dans les relations humaines, dont le rôle est lié à la culture. Ainsi, la façon dont on perçoit l'argent n'est pas la même à Potosi qu'à Paris.

On sait que, dès avant la conquête espagno­le, la région de Potosi était déjà productrice d'argent-métal qui servait au culte, et non pas à frapper des monnaies : l'Hôtel de la Mon­naie de Potosi, maintenant un musée, est une création des conquistadores qui en ex­pédiaient la production en Espagne par les fameux galions dont une partie faisait naufra­ge avant d'arriver à bon port.

C'est toujours une main-d'oeuvre locale de paysans des Andes embauchés comme mi­neurs (les Péones) qui est utilisée depuis lors pour extraire l'argent (mais aussi de l'étain, du plomb et du zinc) de la montagne métal­lifère voisine de Potosi, à une altitude moyenne de 4 500 m.

Les conditions de travail des mineurs quels qu'ils soient sont toujours dures, mais parti­culièrement à Potosi où elles sont quali­fiables d'infernales, d'où le fait que la per­sonne du « Tio », c'est-à-dire du Diable, est ressentie comme très présente dans le sous-­sol de la mine dont l'infra-monde constitue l'enfer, domaine du diable. C'est lui qui pos­sède l'argent ; il le donne à qui il veut, donc à ceux qui lui vouent un culte qui se traduit par un pacte.

L'argent-métal, qui est extrait de l'infra-­monde de l'enfer, est maudit. Par contre, l'argent-monnaie du salaire, via la femme du mineur qui le dépense pour la vie de fa­mille est « dédiabolisé » par sa mise en circu­lation. De même, l'argent dépensé pour la fête qui est créatrice de liens sociaux est pu­rifié.

Malgré tout, l'argent même dédiabolisé par sa mise en circulation ne perd jamais com­plètement son côté  « Tio » et son accumula­tion est diabolique. La capitalisation ne peut être que l'effet d'un pacte avec le diable, et donc aussi l'exploitation du travailleur, dont il n'est pas exclu qu'il se diabolise lui-même quand il le dépense à tort et à travers dans la boisson et la prostitution. Par contre, celui qui ne se laisse pas manger par l'argent de­meure en bonne santé.

Le pacte avec le « Tio » est éphémère : c'est un associé dont on n'arrive jamais à se défai­re, qui reprend l'argent et la vie. Le revenu du pacte avec le « Tio » domine les relations économiques, et le libéralisme est le résultat distordu de l'économie.

 

                                                                               Jacques Thilliez

 

 

 

CONFÉRENCE

du

3 Novembre 2004

 

 

« Le faux monnayage du Royaume de Chin »

par M. François Thierry, conservateur en chef au Cabinet des Médailles.

 

Du VIIIé au IVe siècle avant notre ère, le royau­me (ou duché) de Chin n'était qu'un petit mor­ceau de la Chine actuelle, vers son extrémité ouest. Au moment où commence notre histoire, il était bordé à l'est par un territoire beaucoup plus vaste : le royaume de Cho. Et d'autres en­core l'entouraient. Chin est devenu la Chine en s'agrandissant aux dépens de ses voisins, chi­nois ou barbares.

Chin y est parvenu par l'efficacité de l'organisa­tion civile et militaire dont il s'était doté, très en

avance sur son époque et sur celle de ses voi­sins. Nous le savons parce qu'il nous est parve­nu des documents d'époque à partir desquels on peut se faire une idée de sa perfection. Le duc avait mis en place une hiérarchie minutieu­sement mise au point de responsables dont le « job définiton » était défini avec précision par une réglementocratie qui ne l'était pas moins. A tous les échelons, ils étaient dûment surveillés par des contrôleurs habilités, le tout démulti­pliant efficacement les fonctions depuis l'éche­lon de la circonscription locale jusqu'à l'empe­reur. Celui-ci assurait la stabilité de l'ensemble par la sienne propre. Ainsi, entre -337 et -209, dates connues et prouvées par des écrits, on n'a vu défiler que trois souverains.

Pour passer d'une économie de troc à celle de la rétribution monétaire, le duc avait très tôt (vers le Ve siècle avant J.-C.) inventé la mon­naie : en tissu d'abord, puis en pièces de mon­naie métalliques.

Or ce qui est surprenant, c'est qu'on ne trouve nulle mention d'un monopole de la production de monnaie. Une découverte dans une tombe du IIe siècle avant J.-C. donne des précisions sur un code de réglementation, qui dessine les contours d'un système d'échange très monétari­sé fondé sur un seul type de monnaie. Il s'avère aussi l'inexistence d'un monopole de la produc­tion de la monnaie ; sa fabrication était sous-trai­tée à des monétaires dont la production semble, une fois acquis l'agrément de couler monnaie (car les pièces étaient coulées et non frappées), n'avoir plus donné lieu à un quelconque contrô­le de fabrication. De telle sorte que les « cauris » de bronze ainsi produits qu'on a retrouvés étaient de qualité très inégale. Deux choses étaient interdites : monnayer sans agrément, et pour ce qui concernait les usagers trier les mon­naies, les sélectionner et les refuser selon leur qualité ou leur poids (qui pouvait varier de plus de 6 grammes à moins de 3). Dans un paiement, seule comptait la quantité des pièces, et nulle­ment leur qualité ni leur poids. Sous cet angle, on en n'était déjà à une prémonition de système fiduciaire (un paiement actuel s'effectue aussi bien avec des billets défraîchis et des pièces abî­mées qu'avec des espèces neuves).

Des projections de photos de pièces le mon­trent avec évidence. L'une d'elles représente une jarre retrouvée intacte et contenant 1 000 pièces (certaines sont belles, et les autres affreuses mais cela n'aurait pas été une raison admise pour les contester).

Toutes les pièces retrouvées ont été coulées en bronze, unifaces (revers plat). D'ailleurs, on a retrouvé des moules dans des palais, des com­manderies et des bâtiments isolés, dont les ruines ont été fouillées.

On a découvert aussi des textes relatifs à des ar­restations de faux-monnayeurs ; cela concernait toujours des monnayeurs clandestins non agréés, jamais des monnayeurs de monnaies de mauvaise qualité.

Questions-réponses. Il y en a eu beaucoup après l'exposé magistral, et nous en retiendrons trois :

 

D'autres métaux que le bronze ont-ils été utilisés ? Dans les temps anciens, on s'en est servi (argent), surtout dans la région du fleuve jaune au sud et jusque dans l'actuel Vietnam. Mais l'alignement exclusif sur le bronze s'est ef­fectué rapidement.

 

Sur quel support étaient rédigées les rè­glementations qu'on a retrouvées ? Sur des bambous.

 

La lecture en a-t-elle été difficile ? Non, il s'agissait déjà bien d'idéogrammes, tout-à-fait déchiffrables par qui connaît le chinois

                                                                               Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

Ier Décembre 2004

 

 

« La vigne, le vin et les monnaies gauloises »,

par Mme Brigitte Fischer, ex-présidente de la SÉNA.

                                                                       

 

Certaines monnaies gauloises sont ornées de ceps, de feuilles de vigne et de raisins, d'autres présentent des amphores. Les peuples qui les ont émises sont localisés dans le centre de la Gaule. Il s'agit des Arvernes des Turons et des Carnutes auxquels il faut ajouter les Meldes, situés à la li­mite de la Celtique et de la Belgique. Ces numé­raires sont tardifs, puisqu'ils sont datables de l'époque de la conquête et du début de la pério­de gallo-romaine.

Il est surprenant de constater que les amphores ne figurent ni sur les monnaies de Narbonnaise, région privilégiée pour la culture de la vigne, ni sur les numéraires de la zone du denier, où elles ont transité en grand nombre, aussi bien par voie fluviale que par voie terrestre.

L'étude des amphores sur les pièces devrait per­mettre de déterminer l'origine du vin importé, de reconstituer les routes de commerce et de da­ter précisément ces échanges. Or, les céramo­logues sont formels : les amphores gravées sur les monnaies ne correspondent pas rigoureusement aux récipients réels. Celles qui ornent les statères de Vercingétorix à la tête nue et à la tête casquée évoquent des céramiques massaliotes et même gréco-italiques qui circulaient en Gaule un de­mi-siècle et même un siècle plus tôt. Il ne s'agit pas de copies fidèles. Il en est de même pour les autres numéraires. Comment se fait-il que les amphores Dressel I qui inondaient la Gaule à ce moment n'aient pas figuré sur les monnaies gauloises ? Les modèles lointains sont à recher­cher dans le monde grec. Leur évocation, à une époque où ces amphores n'étaient plus utilisées, symbolise probablement, à travers ce commerce qui avait été florissant, les échanges et donc la prospérité ».                

                                                               Brigitte Fischer, CNRS

 

 

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