2004   

COMPTES RENDUS DE CONFERENCES  

*2006

 

 

 

COMPTES RENDUS DES CONFÉRENCES

De 2005

 

 

 

  

CONFÉRENCE

du

  2 Novembre 2005

 

« La zone du denier en Gaule celti­que de la fin du IIe siècle au principat d'Au­guste »,

par M. Louis-Pol Delestrée, ancien pré­sident de la SÉNA

 

 

Au IIIe siècle et durant la majeure partie du IIe siècle av. J.-C., l'essentiel des monnayages en Gaule était fondé sur l'étalon-or dont l'unité prototypique était le statère de Philippe de Macédoine. Or, les Grecs monnayaient l'argent - sauf exceptions ponctuelles - et les Romains le bronze et l'argent ; le denier romain de la République devint, à partir de la guerre d'Hannïbal, le numéraire à peu près exclusif, au point d'apparaître comme le « dollar » de l'Antiquité.

Sans éliminer le statère déjà bien déprécié, des peuples gaulois du centre-est de la Celtique, Allobroges sur la vallée du Rhône, Eduens, Sequanes, Lingons, opérèrent dès là fin du IIe siècle une véritable révolution monétaire en adoptant le système du denier romain. Ils frap­pèrent ainsi en quantité considérable des demi-deniers ou quinaires, dont l'indice pon­déral privilégié évoluait entre 1,80 g et I,90 g.  Colbert de Beaulieu parla du « denier » gaulois, en raison de la lettre X placée derrière le casque de Roma (sur certains types) et qui avait été la marque du denier républicain à l'époque où il valait X =10 as.

L'on vit ainsi les pays de l'ouest de la Celtique, et dans une faible mesure de la Gaule bel­gique, rejoindre progressivement les peuples du centre-est de la « Zone du denier», en réglant sur le « quinaire » leurs émissions d'argent.

Pendant la guerre des Gaules, ces quinaires accompagnés de deniers consulaires de Rome, participèrent en masse aux soldes militaires, en particulier celles des troupes auxiliaires for­mées de recrues gauloises, comme il en fut d'ailleurs pour plusieurs légions de César, dont la plus célèbre fut la Leg « ALAVDAE » - (des alouettes).

Ces soldes militaires, même dans les unités légionnaires, perdurèrent largement jusqu'au règne d'Auguste et les armées en marche les véhiculèrent sur tout le territoire. Ces mon­naies d'argent, probablement acceptées sans difficulté par l'occupant romain en proie depuis les guerres sociales à une sérieuse pé­nurie d'argent monnayable s'intégrèrent certes à la circulation monétaire,, civile», mais dans une faible proportion.

                                                                        Louis-Pol  Delestrée

 

 

CONFÉRENCE

du

  5 Octobre 2005

 

« la Colonne Vendôme ou colonne de la Grande Armée:

maquette en cire réalisée par le graveur Nicolas Brenet »

par Jean-Marie Darnis,

 

A la fin du règne de Saint-Louis, la diffusion de la monnaie royale s'intensifie. La monnaie tournois est la monnaie de compte de réfé­rence dans les admi

La conférence de la Société d'étude numisma­tiques et archéologiques donnée à la Monnaie de Paris le mercredi 5 octobre 2005, avait pour thème, par M. Jean-Marie Dar­nis, archiviste des Monnaies et Médailles.

Il n y a guère de tradition d'un savoir sans le tra­vail des,, artisans», individuels ou collectifs. Ce sont eux qui en préservent l'héritage, qui en assu­rent le devenir et qui en perpétuent les effets. Ainsi la Monnaie de Paris a su conserver les techniques de la mémoire, des arts plastiques et tous les gestes liés à la matérialité des supports externes auxquels les savoirs technologiques sont confiés: monnaies, jetons, médailles, etc. Aussi, dans ce domaine her­métique, en dehors de quelques notices confiden­tielles, Jean-Baptiste Henry Collin de Sussy (1776­-1837), président de la prestigieuse administration des Monnaies et Médailles sous la monarchie de juillet, n'avait pas été à ce jour le sujet d'une mo­nographie particulière. On se demande comment ce personnage, issu d'une famille d'origine bour­geoise châlonnaise, parvenue dans le courant du XVe  siècle au faîte des honneurs et de la richesse dans les Fermes générales du roi, colonel de la on­zième légion de la Garde nationale, administra­teur des Douanes à Livourne, membre du Conseil d'administration des tabacs et poudres, puis prési­dent de la Commission des Monnaies, comte d'Em­pire, pair de France héréditaire (son père, direc­teur général des Douanes, en sera le premier titulaire au moment de sa création en 1801, puis ministre du Commerce extérieur de Napoléon Ier), a échappé aux historiens. Sa vie est un vrai roman d'aventures, de couloirs ministériels, dont l'obser­vateur ne peut en saisir tous les mécanismes, sans compter la réception d'importantes dotations des gouvernements successifs. On se félicite de la com­munication de Jean Marie Darnis, fondateur du service historique de la Monnaie de Paris, qui ré­vèle qu'en septembre 1827 de Sussy créa le musée monétaire, modèle du genre dans l'Europe de Louis-Philippe. L'ouverture d'esprit de de Sussy, autant que sa diplomatie, favorisèrent une tran­saction originale entre l'administration monétaire et le graveur-médailleur Nicolas Guy Antoine Bre­nnet (1770-1846), lorsqu’il proposa d'acquérir pourle musée monétaire samaquette en cire sur ardoi­se au 1/24e de la colonne Vendôme, dédiée à la gloire de la grande armée, accompagnée de l'élé­vation en tôle de cuivre. En Novembre 1832, aprèscinq mois de réflexion et de  délibérations avec le comité consultatif des graveurs, la transaction s’effectua sous forme d’une proposition inattendue : l’échange pour une somme égale à 5 000 francs, l’équivalent de... 10 kg de platine, contre les deux œuvres de Brenet, lesquelles « in fine « prendront place dans une  des salles du musée monétaire consacrée aux souvenirs napoléoniens. A l'époque, les pro­priétés physiques et l'usage du platine étant mal maîtrisés par les techniciens de la Monnaie et ce métal, aujourd'hui précieux, n'avait en ce temps aucu­ne réelle valeur sur le marché des métaux. Aussi, tout le monde était satis­fait. Le ministre des Finances et la Monnaie qui ne déboursaient aucun paiement, se séparaient simplement du vieux stock et faisaient plaisir à Bre­net. C'était une honnête rétribution, autant qu'une excellente propagande pour l'art de l'artiste-médailleur. On s'aperçoit, qu'au-delà de la différence de leurs projets ces deux hommes partagent un trait commun ; ils mettent en scène les pratiques et le statut même des produits dérivés vénaux, dont les enjeux reposent sur la confrontation des subtilités intellectuelles des points de vue et de l'exploration ludique d'un sentiment culturel partagé.

                                                                Jean-Marie Darnis

 

 

 

CONFÉRENCE

du

   7 Septembre  2005

 

« Les négociations entre Pie VII et Napoléon pour son couronnement illustrée par les camées »

par Michel Duchamp, membre de la SÉNA et spécialiste éminent des intailles et camées.

 

Cette conférence est la suite de celle qui a été prononcée à la SÉNA le mercredi 11 mai sur " les différences entre le glyptique et la numis­matique ". Le cadre est celui des négociations entre le pape Pie VII et ses accompagnateurs Antonio Canova et Giuseppe Girometti d'une part, et Napoléon et ses frères d'autre part, sous l'arbitrage de l'archichancelier J. R. Cambacé­rés et du cardinal Fesch.

Giuseppe Girometti, graveur des médailles du Vatican, est l'un des plus connus parmi les graveurs italiens de camées du début du XIXe siècle. C'était un favori de Canova, et on sait combien cet artiste a joué un rôle impor­tant dans le retour au Vatican de statues pré­levées par les troupes républicaines lors des campagnes d'Italie.

Cet exposé est un inédit. Il a été illustré par la projection de plus de 150 diapositives consti­tuant un voyage parmi les archives du Vati­can et de diverses collections de musées euro­péens et de particuliers. La constitution de l'ensemble présenté représente un travail de plus de vingt années.

Enfin, en postface mais sans rapport direct avec le sujet de l'exposé, on a présenté deux camées, portraits des empereurs d'Autriche Charles VI et Léopold Il, mis anonymement sur le marché par des descendants et dont l'iden­tification du sujet a pu être opérée par la confrontation avec des monnaies .

 

         Michel Duchamp

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

  6 Juillet 2005

 

« Monnaie forte et monnaie faible dans les comptabilités médiévales «

par Laurence Calmels,

 

 

A la fin du règne de Saint-Louis, la diffusion de la monnaie royale s'intensifie. La monnaie tournois est la monnaie de compte de réfé­rence dans les administrations royales et les documents qu'elles engendrent. L'année 1266 voit la création du gros tournois, grosse pièce d'argent (4,22g) à haut titre (12 deniers de loi Argent le Roi ou 95,8 % d'argent pur) qui deviendra le symbole de la,, bonne monnaie de Monseigneur Saint-Louis » pendant près d'un siècle. Cependant, la puissance grandis­sante de la monnaie royale porte en elle le ger­me de désordres économiques mémorables: les mutations monétaires.

En 1295, Philippe le Bel fait affaiblir ses mon­naies d'argent pour augmenter les revenus du seigneuriage (taxe sur la frappe). C'est le dé­but d'une ère de mutations monétaires qui ne cessera qu'avec la guerre de Cent Ans. Lors d'un affaiblissement, les ateliers monétaires royaux achètent le marc (lingot de 244, 75 g) de plus en plus cher et fabriquent des pièces plus légères, de plus bas titre que la « bonne monnaie » pour un cours inchangé ou même supérieur. Inévitablement, un renforcement survient et le prix du marc d'argent diminue brutalement, en une journée. Les prix des marchandises et des services qui avaient aug­menté du fait de l'affaiblissement de la mon­naie deviennent subitement incohérents dans les documents comptables. Les dettes et créan­ce nées avant le renforcement seront alors transcrites en « monnaie faible o et celles d'après en « monnaie forte o. Tous les comp­tes des mois ou années précédents un renfor­cement doivent être recalculés : c'est l'avalue­ment. Dès 1305, les ordonnances royales indiquent la manière de procéder Le nouveau prix en monnaie forte s'obtient en multipliant le prix en monnaie faible par le rapport des prix du marc d'argent après et avant le ren­forcement. C'est une simple règle de trois.

Les listes de prix du marc d'argent commen­cent à être rédigées dès le début du XIVQ siècle et seront complétées et utilisées pendant plu­sieurs siècles pour la réévaluation des rentes perpétuelles. Le Registre entre deux ais et les manuscrits d'Henri Poullain sont deux exemples de ces documents parvenus jusqu'à nous.

L'historien peut paradoxalement tirer profit des comptabilités rendues complexes par les mutations monétaires. Premièrement, les scribes et comptables adoptent un vocabulaire presque standardisé (monnaie forte, faible, avaluement...) qui rend la lecture des docu­ments plus aisée. Deuxièmement, beaucoup de vérifications sont possibles comme la détec­tion des erreurs de calculs ou mieux encore la vérification des dates écrites en ancien style (dates pascales). 15 sous en monnaie faible du 10 avril 1355 (dans le document) sont 15 sous du 10 avril 1355 (nouveau style) mais du 10 avril 1356 (nouveau style) s'il était fait mention de monnaie forte car le renforce­ment a eu lieu le 5 janvier 1356 (nouveau style).

Les documents comptables français de la fin du Moyen Age contiennent plus d'informa­tions que l'on ne le croit pour celui qui n'est pas rebuté par un vocabulaire un peu tech­nique et quelques calculs.

 

                                                                                                                        Laurence Calmels

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

  11 Juin 2005

 

«Les écus français de 1726 à 1793 contremar­qués à Berne et à Lausanne »

par Jacques Thilliez,  Vice- président de la SÉNA

 

Le résumé rapide de l'histoire de la Confédé­ration helvétique qui a servi d'exorde a rappelé sa longue appartenance au Saint Empire ro­main-germanique, qui explique les similitudes entre les numismatiques suisse et allemande, chaque canton ayant eu jusqu'en 1848 son monnayage propre. Mais la frappe des pièces était souvent réalisée dans un atelier extérieur au canton et on y voyait aussi circuler les pièces en cours chez les voisins, ce qui a été le cas écus de 6 livres français du système dont les caractéristiques physiques ont été invariante de  1726 à la Convention.

Il s'agissait, pour ce qui concerne Louis XV, écus « aux branches d'olivier » frappés de 1726 à 1741, « au bandeau » de 1741 à 1774, et « vieille tête » de 1770 à 1774. Pour ce qui regarde Louis XVI : des écus « au buste habillé » frappés de 1774 à 1792, et des écus constitutionnels frappés en 1792 et 1793. Pour ce qui concerne la Convention, des écus de 6 livres frappés en 1793 ; soit en tout six types d'écus français concernés.

Environ 660 000 de ces écus ont subi de 1816 à 1819 à l'atelier de Berne, une contremarque poinçonnant d'un côté l'indication « 40 BZ » (40 batzen) et de l'autre un écu aux armes du canton. Une quantité beaucoup moindre (au plus quelques milliers) a été contremarquée en 1830 par l'atelier de Lausanne : d'un côté « 39 BZ » et de l'autre un écu contenant la devise LIBERTÉ ET PATRIE. D'autre part, à Bern à Lausanne, la tranche des pièces a été moletée de façon à remplacer la devise DOMINE SALVUM FAC REGEM par une frise de feuilles de, lauriers, le moletage repoussant les listels jusqu'à constituer des bourrelets à la périphérie des pièces.

Six types d'écus ayant subi l'un ou l'autre des deux contremarquages, il en a résulté douze types d'écus contremarqués, qui ont circulé qu'à leur démonétisation en Suisse en 1851. En France, la démonétisation des écus de l'Ancien Régime avait eu lieu en 1834. On voit donc que les écus contremarqués en Suisse qui ont survécu jusqu'à nous, sont dans un état d'usure plus avancée que ceux qui sont restés en France sans compter que le contremarquage ne les avait pas « arrangés ». Malgré leur état de conservation généralement peu satisfaisant, mais à cause de leur rareté surtout avec la contremarque « 39 BZ », ces pièces sont recherchées aussi bien par les numismates suisses que français, et certains types sont introuvables.

D'où un problème de faux, surtout parmi les « 39 BZ » plus rares et donc de valeur de transaction plus élevée. La dernière partie de la conférence a porté sur les critères d'authenticité permettant d'éviter les pièges.

Les questions-réponses qui ont suivi l'exposé ont porté surtout sur le problème des faux : on a insisté sur le fait qu'il s'agit toujours de fau; contremarques frauduleusement apposées des écus authentiques. Les faux les plus dangereux sont des écus contremarqués 39 Batzen,  beaucoup plus rares et dont l'imitation est beaucoup pus rentable que celle des écus contremarqués 40 Batzen. Les lecteurs intéressés pourront se reporter au numéro 332, de novembre 2002, de Numismati­que & Change, pages 35 à 37.

 

 

                                                             Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

  6 Avril 2005

 

« Les cauris, moyen de paiement dans l'ancien monde monde »

par Michel Hourlier, ancien Vice- président de la SÉNA

 

Les coquillages marins appelés « cauris  ont été utilisés comme des monnaies depuis l'Antiquité jusqu'au début du XXe siècle en Océanie, en Chine et en Inde, en Arabie et jusqu'en Afrique centrale et du sud-est. Ces coquillages pêchés dans les océans Pacifique et Indien, étaient vi­dés et percés, puis assemblés en ligatures.

Avant que la monnaie ne fût inventée en Chine, du XVe au XIIe siècle avant notre ère, les cauris ont été utilisés comme monnaie de réserve, de paiement et de compte, ainsi que le prouvent des fouilles de monuments funéraires. Ce n'est qu'au VII, siècle que les cauris ont été rempla­cés par les bêches et les couteaux en bronze, sauf dans les régions méridionales où on a pro­duit des cauris en bronze appelés « nez de four­mi ». Un idéogramme chinois était réservé au cauri.

En 1433, un voyageur chinois signale la circula­tion en extrême-orient non chinois et jusqu'en Arabie, de cauris importés des Maldives et La­quédives. Et au début du XVIIIe siècle, le Dic­tionnaire universel de commerce édité à Paris et le Dictionnaire des monnaies de Salzade édité à Bruxelles font état des cauris (appelés bias) encore en circulation dans ces régions à raison de 800 bias pour 1 fouang d'argent valant 4 sols. En Afrique aussi, ces deux ouvrages font état des cauris provenant des Maldives et traversant le Sahara à dos de chameaux. A partir du XVIe siècle, les Hollandais les transportent par voie maritime à pleins bateaux pour commercer avec les côtes africaines où, au XVIIe siècle, une livre de cauris équivalait à 25 à 30 sols. Leur cir­culation est attestée dès la fin du XIe siècle au Soudan, au XIVe siècle à Gao, au XVe siècle en Mauritanie, et du XVIe au XIXe siècle au Séné­gal, en Guinée, au Congo, au Zaïre et en Ou­ganda. En 1824, René Caillet signale la circula­tion des cauris à Tombouctou, et au sud de Bamako jusqu'à la mer, 200 cauris valant 20 sous. On sait que les cauris ont circulé en Côte d'Ivoire jusqu'au XIXe siècle. Le commerce des esclaves utilisait les cauris : par exemple au Ghana, au XVII, siècle, un esclave valait de 55 à 80 livres de cauris. Au Dahomey en 1899, le gouverneur fixait le taux de change à 7 francs le sac de 20 000 cauris. Et ce n'est qu'en 1907 qu'un arrêté ferma l'accès des cauris aux caisses publiques.

 

                                                             Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

2 Février 2005

 

« Le régime monétaire du Béarn sous le règne de Louis XIV»

par Christian Char­let, ancien président de la SÉNA

 

Rattaché à la France grâce à l'avènement d'Henri de Bourbon, seigneur de Béarn avec le titre de « Roi de Navarre », devenu Henri IV « Roi de France et de Navarre», la province de Béarn dite « Domaine de Béarn » conserva jus­qu'à la Révolution un système monétaire plus ou moins dérogatoire au droit commun monétaire en vigueur dans le royaume de France. Le Béarn en effet, qui comprenait un petit territoire issu de l'ancien royaume de Navarre, survivance qualifiée de « Basse-Na­varre », avait avant 1590, un régime monétai­re propre, calqué sur celui de la France mais avec certaines différences :

-présence sur les monnaies des armes de Béarn-Navarre dans les deux ateliers de Morlaàs et de Pau, des armes de Navarre seulement dans celui de Saint Palais en Bas­se Navarre;

-présence à Pau et Morlaàs enfin de légende, de la mention (en latin) « Seigneur de Béarn » en abrégé DB (Dominus Bearnie) souvent liés ;

- utilisation, sous Jeanne d’Albret, de la lettre P pour différencier Pau de Morlaàs, alors que le P était le différent de Dijon dans le Royaume de France;

- utilisation (interdite en France depuis 1540) de lettres comme différents de maître, plus exactement de commis car les trois ateliers fonctionnaient sous l'autorité d'un seul fer­mier général coiffant les trois commis;

- passage fréquent des commis et des graveurs d'un atelier à l'autre (Pau et  Morlaàs sont distants de 12 km);

- contrôle des ateliers par la Chambre des comptes de Pau, jouant le rôle d'une Cour des monnaies;

-présence sur les monnaies, quand des obs­tacles techniques empêchent l'apposition des armes, d'une vache, emblème du Béarn (pas à Saint-Palais);

- frappe jusqu'en 1642 d'une petite monnaie locale de billon, la vaquette (ou baquette). Toutes ces particularités subsistent au début du règne de Louis XIV malgré le passage de la frappe au marteau à celle du moulin : réalisé en 1650 à Pau, 1652 à Saint-Palais et à Morlaàs (atelier alors différencié de Pau par la lettre M figurant au revers après le millési­me). En 1662, Colbert veut supprimer tous ces privilèges béarnais. Il gagne la partie dans un premier temps et obtient la fermeture des trois ateliers mais il doit s'incliner en mars 1663, sous la pression de puissantes interventions auprès de Louis XIV. L'atelier de Pau est alors rouvert immédiatement et Saint Palais le sera début 1664 avec fermeture en 1672. Morlaàs reste définitivement fermé.

Jusqu'en 1709, les armes de Béarn-Navarre continuent de figurer sur les espèces frappées à Pau chaque fois que c'est techniquement pos­sible ; sinon, elles sont remplacées par l'emblè­me de la vache. Seule celle-ci demeure de 1709 à 1792 : cette continuité la fera assimiler, à la fin du XVIIIe siècle, à un différent de l'atelier de Pau alors que ce dernier n'en a jamais juridiquement reçu.

Vache et mention DB disparaissent en 1792, avec les monnaies constitutionnelles. Louis XVI n'étant plus « Roi de France et de Navarre» mais « Roi des Français ».

                                Christian Charlet.

 

 

 

 

 

 

CONFÉRENCE

du

5 Janvier 2005

 

« Saint-Martin de Tours et son monnayage »

par Philippe Schiesser, Secrétaire-général de la SENA, originai­re de Touraine

 

Selon les époques, trois ateliers monétaires ont fonctionné à Tours : celui de la cité, de l'abbaye, et de la cathédrale. Un plan topographique des lieux fut projeté, montrant sur la rive sud de la Loire, à l'est le castrum, ensemble fortifié enfer­mant, à l'ouest la cathédrale, au sud l'amp­hithéâtre et à 800 mètres à l'ouest du castrum l'emplacement de l'abbaye sur le tombeau de Saint-Martin.

En 371, où saint Martin fut sacré évêque, fonc­tion qu'il a exercée jusque 397, Tours était la ca­pitale romaine de la 3e région lugdunaise. Son successeur, saint Brice construisit en 437, la pre­mière basilique. Un bourg se rassembla autour de l'abbaye. A partir de la bataille de Vouillé (507), la ville se développa. Sous Dagobert. Éloi réalisa en matériaux précieux le décor du tom­beau du saint.

L'activité monétaire comporte des frappes de tre­missis d'or jusqu'en 674 où l'abbaye devint indé­pendante de l'évêché, et c'est à ce moment qu'on passa de l'or à l'argent. Les projections montrèrent tout d'abord quatre pièces d'or dont les légendes spécifient SCI MARTINI-RACIO BA­SILICI, puis deux autres mentionnent le moné­taire. Les projections de pièces d'argent présentè­rent d'abord cinq pièces du trésor de Savonnière, puis un ensemble de deniers et d'oboles allant de Pépin le Bref à Philippe Auguste, parmi les­quels un denier connu à un seul exemplaire re­présentant à l'avers l'effigie de Saint-Martin.

Ces monnaies illustrent les événements de l'his­toire locale. L'abbaye connut son apogée vers 800. Les invasions des Normands de 852, 856 et 903 obligèrent à construire de 909 à 919 un mur fortifié unique entourant l'ensemble de l'abbaye. Le corps de Saint-Martin fut déplacé au Limousin et en Auvergne avant de faire retour au castrum. Avant l'an 1000. le vicomte de Tours, comte de Blois devint comte de Tours. S'ouvrit alors la compétition entre la Maison de Blois et celle d'Anjou. On construisit un pont sur la Loire à hauteur du castrum pour pouvoir contourner Amboise alors aux mains des Angevins. La rivali­té se retrouva au sein de l'abbaye pour la déten­tion du poste-clef de trésorier responsable de l'atelier monétaire. Peu après 1100, le roi prit les choses en main en y plaçant des apparentés. En 1194, l'abbaye fut saccagée par Richard Cœur de Lion et en 1203, la cité fut acquise définitivement par le roi, ce qui est confirmé par le Traité de Pa­ris de 1258. En 1356, fut achevée l'édification d'un rempart commun, à l'intérieur duquel se dessinait la configuration actuelle de la ville.

On possède un document de 1315 par lequel l'abbaye protestait contre le retrait de son droit de frapper monnaie, qu'elle a donc exercé pen­dant quelque 600 ans.

                                                             Jacques Thilliez

 

 

 

 

 

2004   

COMPTES RENDUS DE CONFERENCES  

*2006