COMPTES RENDUS DES
CONFÉRENCES
De 2005
CONFÉRENCE
du
2 Novembre 2005
« La zone du denier en Gaule celtique de la fin du
IIe siècle au principat d'Auguste »,
par M.
Louis-Pol Delestrée, ancien président de la SÉNA
Au IIIe siècle
et durant la majeure partie du IIe siècle av. J.-C., l'essentiel des monnayages
en Gaule était fondé sur l'étalon-or dont l'unité prototypique était le statère
de Philippe de Macédoine. Or, les Grecs monnayaient l'argent - sauf exceptions
ponctuelles - et les Romains le bronze et l'argent ; le denier romain de la
République devint, à partir de la guerre d'Hannïbal, le numéraire à peu près
exclusif, au point d'apparaître comme le « dollar » de l'Antiquité.
Sans éliminer
le statère déjà bien déprécié, des peuples gaulois du centre-est de la
Celtique, Allobroges sur la vallée du Rhône, Eduens, Sequanes, Lingons,
opérèrent dès là fin du IIe siècle une véritable révolution monétaire en
adoptant le système du denier romain. Ils frappèrent ainsi en quantité
considérable des demi-deniers ou quinaires, dont l'indice pondéral privilégié
évoluait entre 1,80 g et I,90 g.
Colbert de Beaulieu parla du « denier » gaulois, en raison de la lettre
X placée derrière le casque de Roma (sur certains types) et qui avait été la
marque du denier républicain à l'époque où il valait X =10 as.
L'on vit
ainsi les pays de l'ouest de la Celtique, et dans une faible mesure de la Gaule
belgique, rejoindre progressivement les peuples du centre-est de la « Zone du
denier», en réglant sur le « quinaire » leurs émissions d'argent.
Pendant la
guerre des Gaules, ces quinaires accompagnés de deniers consulaires de Rome,
participèrent en masse aux soldes militaires, en particulier celles des troupes
auxiliaires formées de recrues gauloises, comme il en fut d'ailleurs pour
plusieurs légions de César, dont la plus célèbre fut la Leg « ALAVDAE » - (des alouettes).
Ces soldes
militaires, même dans les unités légionnaires, perdurèrent largement jusqu'au
règne d'Auguste et les armées en marche les véhiculèrent sur tout le
territoire. Ces monnaies d'argent, probablement acceptées sans difficulté par
l'occupant romain en proie depuis les guerres sociales à une sérieuse pénurie
d'argent monnayable s'intégrèrent certes à la circulation monétaire,, civile», mais dans une faible proportion.
Louis-Pol Delestrée
CONFÉRENCE
du
5 Octobre 2005
« la Colonne Vendôme ou colonne de la Grande
Armée:
maquette
en cire réalisée par le graveur Nicolas Brenet »
par
Jean-Marie Darnis,
A la fin
du règne de Saint-Louis, la diffusion de la monnaie royale s'intensifie. La
monnaie tournois est la monnaie de compte de référence dans les admi
La conférence de la Société d'étude numismatiques
et archéologiques donnée à la Monnaie de Paris le mercredi 5 octobre 2005,
avait pour thème, par M. Jean-Marie Darnis,
archiviste des Monnaies et Médailles.
Il n y a guère de tradition d'un
savoir sans le travail des,, artisans», individuels ou collectifs.
Ce sont eux qui en préservent l'héritage, qui en assurent le devenir et qui en
perpétuent les effets. Ainsi la Monnaie de Paris a su conserver les techniques
de la mémoire, des arts plastiques et tous les gestes liés à la matérialité des
supports externes auxquels les savoirs technologiques sont confiés: monnaies,
jetons, médailles, etc. Aussi, dans ce domaine hermétique, en dehors de
quelques notices confidentielles, Jean-Baptiste Henry Collin de Sussy (1776-1837), président de la prestigieuse
administration des Monnaies et Médailles sous la monarchie de juillet, n'avait
pas été à ce jour le sujet d'une monographie particulière. On se demande
comment ce personnage, issu d'une famille d'origine bourgeoise châlonnaise,
parvenue dans le courant du XVe
siècle au faîte des honneurs et de la richesse dans les Fermes générales
du roi, colonel de la onzième légion de la Garde nationale, administrateur
des Douanes à Livourne, membre du Conseil d'administration des tabacs et
poudres, puis président de la Commission des Monnaies, comte d'Empire, pair
de France héréditaire (son père, directeur général des Douanes, en sera le
premier titulaire au moment de sa création en 1801,
puis ministre du Commerce extérieur de Napoléon Ier), a échappé aux
historiens. Sa vie est un vrai roman d'aventures, de couloirs ministériels,
dont l'observateur ne peut en saisir tous les mécanismes, sans compter la
réception d'importantes dotations des gouvernements successifs. On se félicite
de la communication de Jean Marie Darnis, fondateur du service historique de
la Monnaie de Paris, qui révèle qu'en septembre 1827 de Sussy créa le musée
monétaire, modèle du genre dans l'Europe de Louis-Philippe. L'ouverture
d'esprit de de Sussy, autant que sa diplomatie, favorisèrent une transaction
originale entre l'administration monétaire et le graveur-médailleur Nicolas Guy
Antoine Brennet (1770-1846), lorsqu’il proposa d'acquérir pourle musée
monétaire samaquette en cire sur ardoise au 1/24e de la colonne
Vendôme, dédiée à la gloire de la grande armée, accompagnée de l'élévation en
tôle de cuivre. En Novembre 1832, aprèscinq mois de réflexion et de délibérations avec le comité
consultatif des graveurs, la transaction s’effectua sous forme d’une
proposition inattendue : l’échange pour une somme égale à 5 000
francs, l’équivalent de... 10 kg de platine, contre les deux œuvres de Brenet,
lesquelles « in fine « prendront place dans une des salles du musée monétaire consacrée aux souvenirs
napoléoniens. A l'époque, les propriétés physiques et l'usage du platine étant
mal maîtrisés par les techniciens de la Monnaie et ce métal, aujourd'hui
précieux, n'avait en ce temps aucune réelle valeur sur le marché des métaux.
Aussi, tout le monde était satisfait. Le ministre des Finances et la Monnaie
qui ne déboursaient aucun paiement, se séparaient simplement du vieux stock et
faisaient plaisir à Brenet. C'était une honnête rétribution, autant qu'une
excellente propagande pour l'art de l'artiste-médailleur. On s'aperçoit,
qu'au-delà de la différence de leurs projets ces deux hommes partagent un trait
commun ; ils mettent en scène les pratiques et le statut même des produits
dérivés vénaux, dont les enjeux reposent sur la confrontation des subtilités
intellectuelles des points de vue et de l'exploration ludique d'un sentiment
culturel partagé.
Jean-Marie Darnis
CONFÉRENCE
du
7
Septembre 2005
« Les négociations entre Pie VII et Napoléon pour
son couronnement illustrée par les camées »
par Michel
Duchamp, membre de la SÉNA et spécialiste éminent des intailles et camées.
Cette
conférence est la suite de celle qui a été prononcée à la SÉNA le mercredi 11
mai sur " les différences entre le glyptique et la numismatique ".
Le cadre est celui des négociations entre le pape Pie VII et ses
accompagnateurs Antonio Canova et Giuseppe Girometti d'une part, et Napoléon et
ses frères d'autre part, sous l'arbitrage de l'archichancelier J. R. Cambacérés
et du cardinal Fesch.
Giuseppe
Girometti, graveur des médailles du Vatican, est l'un des plus connus parmi les
graveurs italiens de camées du début du XIXe siècle. C'était un favori de
Canova, et on sait combien cet artiste a joué un rôle important dans le retour
au Vatican de statues prélevées par les troupes républicaines lors des
campagnes d'Italie.
Cet exposé
est un inédit. Il a été illustré par la projection de plus de 150 diapositives
constituant un voyage parmi les archives du Vatican et de diverses
collections de musées européens et de particuliers. La constitution de
l'ensemble présenté représente un travail de plus de vingt années.
Enfin, en
postface mais sans rapport direct avec le sujet de l'exposé, on a présenté deux
camées, portraits des empereurs d'Autriche Charles VI et Léopold Il, mis
anonymement sur le marché par des descendants et dont l'identification du
sujet a pu être opérée par la confrontation avec des monnaies .
Michel Duchamp
CONFÉRENCE
du
6 Juillet 2005
« Monnaie forte et monnaie faible dans les
comptabilités médiévales «
par
Laurence Calmels,
A la fin
du règne de Saint-Louis, la diffusion de la monnaie royale s'intensifie. La
monnaie tournois est la monnaie de compte de référence dans les
administrations royales et les documents qu'elles engendrent. L'année 1266 voit
la création du gros tournois, grosse pièce d'argent (4,22g) à haut titre (12
deniers de loi Argent le Roi ou 95,8 % d'argent pur) qui deviendra le symbole
de la,, bonne monnaie de Monseigneur Saint-Louis » pendant près d'un
siècle. Cependant, la puissance grandissante de la monnaie royale porte en
elle le germe de désordres économiques mémorables: les mutations monétaires.
En 1295, Philippe le Bel fait affaiblir ses monnaies d'argent
pour augmenter les revenus du seigneuriage (taxe sur la frappe). C'est le début
d'une ère de mutations monétaires qui ne cessera qu'avec la guerre de Cent Ans.
Lors d'un affaiblissement, les ateliers monétaires royaux achètent le marc
(lingot de 244, 75 g) de plus en plus cher et fabriquent des pièces plus
légères, de plus bas titre que la « bonne monnaie » pour un cours inchangé ou
même supérieur. Inévitablement, un renforcement survient et le prix du marc
d'argent diminue brutalement, en une journée. Les prix des marchandises et des
services qui avaient augmenté du fait de l'affaiblissement de la monnaie deviennent
subitement incohérents dans les documents comptables. Les dettes et créance
nées avant le renforcement seront alors transcrites en « monnaie faible o et
celles d'après en « monnaie forte o. Tous les comptes des mois ou années
précédents un renforcement doivent être recalculés : c'est l'avaluement. Dès
1305, les ordonnances royales indiquent la manière de procéder Le nouveau prix
en monnaie forte s'obtient en multipliant le prix en monnaie faible par le
rapport des prix du marc d'argent après et avant le renforcement. C'est une
simple règle de trois.
Les listes
de prix du marc d'argent commencent à être rédigées dès le début du XIVQ
siècle et seront complétées et utilisées pendant plusieurs siècles pour la
réévaluation des rentes perpétuelles. Le Registre entre deux ais et les
manuscrits d'Henri Poullain sont deux exemples de ces documents parvenus
jusqu'à nous.
L'historien
peut paradoxalement tirer profit des comptabilités rendues complexes par les
mutations monétaires. Premièrement, les scribes et comptables adoptent un
vocabulaire presque standardisé (monnaie forte, faible, avaluement...) qui rend
la lecture des documents plus aisée. Deuxièmement, beaucoup de vérifications
sont possibles comme la détection des erreurs de calculs ou mieux encore la
vérification des dates écrites en ancien style (dates pascales). 15 sous en
monnaie faible du 10 avril 1355 (dans le document) sont 15 sous du 10 avril
1355 (nouveau style) mais du 10 avril 1356 (nouveau style) s'il était fait
mention de monnaie forte car le renforcement a eu lieu le 5 janvier 1356
(nouveau style).
Les documents comptables français
de la fin du Moyen Age contiennent plus d'informations que l'on ne le croit
pour celui qui n'est pas rebuté par un vocabulaire un peu technique et quelques
calculs.
Laurence
Calmels
CONFÉRENCE
du
11 Juin 2005
«Les écus français de 1726 à 1793 contremarqués à
Berne et à Lausanne »
par
Jacques Thilliez, Vice- président de la SÉNA
Le résumé rapide de l'histoire de la Confédération
helvétique qui a servi d'exorde a rappelé sa longue appartenance au Saint
Empire romain-germanique, qui explique les similitudes entre les numismatiques
suisse et allemande, chaque canton ayant eu jusqu'en 1848 son monnayage propre.
Mais la frappe des pièces était souvent réalisée dans un atelier extérieur au
canton et on y voyait aussi circuler les pièces en cours chez les voisins, ce qui a été le cas écus de 6 livres français
du système dont les caractéristiques physiques ont été invariante de 1726 à la Convention.
Il s'agissait, pour ce qui concerne Louis XV, écus « aux branches
d'olivier » frappés de 1726 à 1741, « au bandeau » de 1741 à 1774, et «
vieille tête » de 1770 à 1774. Pour ce qui regarde Louis XVI : des écus « au
buste habillé » frappés de 1774
à 1792, et des écus constitutionnels frappés en 1792 et 1793. Pour ce qui
concerne la Convention, des écus de 6 livres frappés en 1793 ; soit en
tout six types d'écus français concernés.
Environ 660 000 de ces écus ont subi de 1816 à 1819 à l'atelier de Berne,
une contremarque poinçonnant d'un côté l'indication « 40 BZ » (40 batzen)
et de l'autre un écu aux armes du canton. Une quantité beaucoup moindre (au
plus quelques milliers) a été contremarquée en 1830 par l'atelier de Lausanne :
d'un côté « 39 BZ » et de l'autre un écu contenant la devise LIBERTÉ ET PATRIE.
D'autre part, à Bern à Lausanne, la tranche des pièces a été moletée de façon à
remplacer la devise DOMINE SALVUM FAC REGEM par une frise de feuilles de,
lauriers, le moletage repoussant les listels jusqu'à constituer des bourrelets
à la périphérie des pièces.
Six types d'écus ayant subi l'un ou l'autre des deux contremarquages, il
en a résulté douze types d'écus contremarqués, qui ont circulé qu'à leur
démonétisation en Suisse en 1851. En France, la démonétisation des écus de
l'Ancien Régime avait eu lieu en 1834. On voit donc que les écus contremarqués
en Suisse qui ont survécu jusqu'à nous, sont dans un état d'usure plus avancée
que ceux qui sont restés en France sans compter que le contremarquage ne les
avait pas « arrangés ». Malgré leur état de conservation généralement peu
satisfaisant, mais à cause de leur rareté surtout avec la contremarque
« 39 BZ », ces pièces sont recherchées aussi bien par les numismates
suisses que français, et certains types sont introuvables.
D'où un problème de faux, surtout parmi les « 39 BZ » plus rares et donc
de valeur de transaction plus élevée. La dernière partie de la conférence a
porté sur les critères d'authenticité permettant d'éviter les pièges.
Les questions-réponses qui ont suivi l'exposé ont porté surtout sur le
problème des faux : on a insisté sur le fait qu'il s'agit toujours de fau;
contremarques frauduleusement apposées des écus authentiques. Les faux les plus
dangereux sont des écus contremarqués 39 Batzen, beaucoup plus rares et dont l'imitation est beaucoup pus
rentable que celle des écus contremarqués 40 Batzen. Les lecteurs intéressés pourront se reporter au numéro 332, de novembre
2002, de Numismatique & Change, pages
35 à 37.
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
6 Avril 2005
« Les cauris, moyen de paiement dans l'ancien monde monde »
par Michel
Hourlier, ancien Vice- président de la
SÉNA
Les coquillages marins appelés « cauris ont été utilisés comme des monnaies
depuis l'Antiquité jusqu'au début du XXe siècle en Océanie, en Chine et en
Inde, en Arabie et jusqu'en Afrique centrale et du sud-est. Ces coquillages
pêchés dans les océans Pacifique et Indien, étaient vidés et percés, puis
assemblés en ligatures.
Avant que la monnaie ne fût inventée en Chine, du XVe au XIIe siècle
avant notre ère, les cauris ont été utilisés comme monnaie de réserve, de
paiement et de compte, ainsi que le prouvent des fouilles de monuments
funéraires. Ce n'est qu'au VII, siècle que les cauris ont été remplacés
par les bêches et les couteaux en bronze, sauf dans les régions méridionales où
on a produit des cauris en bronze appelés « nez de fourmi ». Un idéogramme
chinois était réservé au cauri.
En 1433, un voyageur chinois signale la circulation en extrême-orient
non chinois et jusqu'en Arabie, de cauris importés des Maldives et Laquédives.
Et au début du XVIIIe siècle, le Dictionnaire universel de commerce
édité à Paris et le Dictionnaire
des monnaies de Salzade édité à Bruxelles font état des
cauris (appelés bias) encore en circulation dans ces régions à raison de 800
bias pour 1 fouang d'argent valant 4 sols. En Afrique aussi, ces deux ouvrages
font état des cauris provenant des Maldives et traversant le Sahara à dos de chameaux.
A partir du XVIe siècle, les Hollandais les transportent par voie maritime à
pleins bateaux pour commercer avec les côtes africaines où, au XVIIe siècle,
une livre de cauris équivalait à 25 à 30 sols. Leur circulation est attestée
dès la fin du XIe siècle au Soudan, au XIVe siècle à Gao, au XVe siècle en
Mauritanie, et du XVIe au XIXe siècle au Sénégal, en Guinée, au Congo, au
Zaïre et en Ouganda. En 1824, René Caillet signale la circulation des cauris
à Tombouctou, et au sud de Bamako jusqu'à la mer, 200 cauris valant 20 sous. On
sait que les cauris ont circulé en Côte d'Ivoire jusqu'au XIXe siècle. Le
commerce des esclaves utilisait les cauris : par exemple au Ghana, au XVII,
siècle, un esclave valait de 55 à 80 livres de cauris. Au Dahomey en 1899, le
gouverneur fixait le taux de change à 7 francs le sac de 20 000 cauris. Et ce
n'est qu'en 1907 qu'un arrêté ferma l'accès des cauris aux caisses publiques.
Jacques
Thilliez
CONFÉRENCE
du
2 Février 2005
« Le régime monétaire du Béarn sous le règne de Louis
XIV»
par Christian Charlet, ancien président de la SÉNA
Rattaché à la France grâce à l'avènement d'Henri de Bourbon, seigneur de
Béarn avec le titre de « Roi de Navarre », devenu Henri IV « Roi de France
et de Navarre», la province de Béarn dite « Domaine de
Béarn » conserva jusqu'à la Révolution un système monétaire plus ou moins
dérogatoire au droit commun monétaire en vigueur dans le royaume de France. Le Béarn
en effet, qui comprenait un petit territoire issu de l'ancien royaume de
Navarre, survivance qualifiée de « Basse-Navarre », avait avant 1590, un régime monétaire propre,
calqué sur celui de la France mais avec certaines différences :
-présence sur les
monnaies des armes de Béarn-Navarre dans les deux ateliers de Morlaàs et de
Pau, des armes de Navarre seulement dans celui de Saint Palais en Basse
Navarre;
-présence à Pau et
Morlaàs enfin de légende, de la mention (en latin) « Seigneur de Béarn » en
abrégé DB (Dominus Bearnie) souvent liés ;
- utilisation, sous
Jeanne d’Albret, de la lettre P pour différencier Pau de Morlaàs, alors que le
P était le différent de Dijon dans le Royaume de France;
- utilisation (interdite
en France depuis 1540) de lettres comme différents de maître, plus exactement
de commis car les trois ateliers fonctionnaient sous l'autorité d'un seul fermier
général coiffant les trois commis;
- passage fréquent des commis et des graveurs d'un atelier à l'autre
(Pau et Morlaàs sont distants de
12 km);
- contrôle des ateliers par la Chambre des comptes de Pau, jouant le
rôle d'une Cour des monnaies;
-présence sur les monnaies, quand des obstacles techniques empêchent
l'apposition des armes, d'une vache, emblème du Béarn (pas à Saint-Palais);
- frappe jusqu'en 1642 d'une petite monnaie locale de billon, la
vaquette (ou baquette). Toutes ces particularités subsistent au début du règne
de Louis XIV malgré le passage de la frappe au marteau à celle du moulin :
réalisé en 1650 à Pau, 1652 à Saint-Palais et à Morlaàs (atelier alors
différencié de Pau par la lettre M figurant au revers après le millésime). En
1662, Colbert veut supprimer tous ces privilèges béarnais. Il gagne la partie
dans un premier temps et obtient la fermeture des trois ateliers mais il doit
s'incliner en mars 1663, sous la pression de puissantes interventions auprès de
Louis XIV. L'atelier de Pau est alors rouvert immédiatement et Saint Palais le
sera début 1664 avec fermeture en 1672. Morlaàs reste définitivement fermé.
Jusqu'en 1709, les armes de Béarn-Navarre continuent de figurer sur les
espèces frappées à Pau chaque fois que c'est techniquement possible ; sinon,
elles sont remplacées par l'emblème de la vache. Seule celle-ci demeure de
1709 à 1792 : cette continuité la fera assimiler, à la fin du XVIIIe
siècle, à un différent de l'atelier de Pau alors que ce dernier n'en a jamais
juridiquement reçu.
Vache et mention DB disparaissent en 1792, avec les monnaies
constitutionnelles. Louis XVI n'étant plus « Roi de France et de Navarre» mais
« Roi des Français ».
Christian
Charlet.
CONFÉRENCE
du
5 Janvier 2005
« Saint-Martin
de Tours et son monnayage »
par
Philippe Schiesser, Secrétaire-général de la SENA, originaire de Touraine
Selon les époques,
trois ateliers monétaires ont fonctionné à Tours : celui de la cité, de
l'abbaye, et de la cathédrale. Un plan topographique des lieux fut projeté,
montrant sur la rive sud de la Loire, à l'est le castrum, ensemble fortifié enfermant, à l'ouest la
cathédrale, au sud l'amphithéâtre et à 800 mètres à l'ouest du castrum l'emplacement de l'abbaye sur
le tombeau de Saint-Martin.
En 371, où
saint Martin fut sacré évêque, fonction qu'il a exercée jusque 397, Tours
était la capitale romaine de la 3e région lugdunaise. Son successeur, saint
Brice construisit en 437, la première basilique. Un bourg se rassembla autour
de l'abbaye. A partir de la bataille de Vouillé
(507), la ville se développa. Sous Dagobert. Éloi réalisa en matériaux
précieux le décor du tombeau du saint.
L'activité
monétaire comporte des frappes de tremissis d'or jusqu'en 674 où l'abbaye
devint indépendante de l'évêché, et c'est à ce moment qu'on passa de l'or à
l'argent. Les projections montrèrent tout d'abord quatre pièces d'or dont les
légendes spécifient SCI MARTINI-RACIO BASILICI, puis deux autres mentionnent
le monétaire. Les projections de pièces d'argent présentèrent d'abord cinq
pièces du trésor de Savonnière, puis un ensemble de deniers et d'oboles allant
de Pépin le Bref à Philippe Auguste, parmi lesquels un denier connu à un seul
exemplaire représentant à l'avers l'effigie de Saint-Martin.
Ces
monnaies illustrent les événements de l'histoire locale. L'abbaye connut son
apogée vers 800. Les invasions des Normands de 852, 856 et 903 obligèrent à
construire de 909 à 919 un mur fortifié unique entourant l'ensemble de
l'abbaye. Le corps de Saint-Martin fut déplacé au Limousin et en Auvergne avant
de faire retour au castrum. Avant
l'an 1000. le vicomte de Tours, comte de Blois devint comte de Tours. S'ouvrit
alors la compétition entre la Maison de Blois et celle d'Anjou. On construisit
un pont sur la Loire à hauteur du castrum pour
pouvoir contourner Amboise alors aux mains des Angevins. La rivalité se
retrouva au sein de l'abbaye pour la détention du poste-clef de trésorier
responsable de l'atelier monétaire. Peu après 1100, le roi prit les choses en
main en y plaçant des apparentés. En 1194, l'abbaye fut saccagée par Richard
Cœur de Lion et en 1203, la cité fut acquise définitivement par le roi, ce qui
est confirmé par le Traité de Paris de 1258. En 1356, fut achevée
l'édification d'un rempart commun, à l'intérieur duquel se dessinait la
configuration actuelle de la ville.
On possède
un document de 1315 par lequel l'abbaye protestait contre le retrait de son
droit de frapper monnaie, qu'elle a donc exercé pendant quelque 600 ans.
Jacques
Thilliez