REPORTS (French version only)
COMPTES RENDUS DES
CONFÉRENCES des années :
2001-2002 2003 2004 2005
Nous remercions la rédaction de Numismatique et
Change d’avoir autorisé la reproduction des comptes-rendus rédigés par
Jacques Thilliez et publiés dans
cette revue de 2001 à 2004.
Depuis,
Février 2008, les seuls comptes-rendus de conférences mensuelles figurant
ci-dessous sont ceux fournis par les auteurs de ces conférences.
COMPTES RENDUS
DES DERNIÈRES CONFÉRENCES
CONFÉRENCE
du
2 Juin 2010
« Le retour de l'or en occident au XIIIe
siècle »
par Marc Bompaire
CONFÉRENCE
du
5 Mai 2010
« Monogrammes des monnaies de Raoul
(923-936) »
par Aude Castelas
Aujourd’hui
méconnu, le roi Raoul a pourtant été l’un des sujets des chroniques historiques
à travers les siècles.
Roi
de 923 à 936, Raoul fut le premier roi de la dynastie bosonide à régner en
Francie occidentale. Neveu par alliance du roi Charles le Chauve, il est
surtout associé à la famille robertienne par son mariage avec Emma, fille du
roi Robert Ier. Alors duc de bourgogne, Raoul fut élu en 923 par les
grands du royaume pour lui
succéder au détriment de Charles le Simple.
Au-delà
des sources littéraires, la monnaie, source matérielle principale, nous apprend
de nombreux détails de cette époque où les changements politiques et
économiques aboutiront au système féodal.
La
monnaie est l’objet qui permet à
l’image royale de circuler le plus aisément dans tout le royaume. Sa diffusion
permet alors de définir matériellement le territoire où s’affirmait l’autorité
politique et économique du roi Raoul.
S’attachant
à l’étude de l’image présente sur la monnaie, et plus particulièrement au choix
du monogramme, nous pouvons considérer la pièce comme la preuve d’alliances
politiques et économiques, même symboliques.
Cependant
le manque de sources iconographiques datées du règne de Raoul nous incite à
peut-être donner une importance excessive à l’étude de la monnaie dans la définition d’une
iconographie royale. La monnaie reste l’une des seules sources matérielles nous
permettant de définir le règne d’un roi trop longtemps dans l’ombre de
l’histoire.
CONFÉRENCE
du
3 Février 2010
« La route de l’étain»
par Louis-Pol Delestrée
CONFÉRENCE
du
6 Janvier 2010
« La
création de la piastre d'Indochine d'après les archives des frères Barre (1879) »
par François Joyaux
CONFÉRENCE
du
2 Décembre 2009
« Les monnaies regravées satiriques
et contremarques politiques »
par Christian Schweyer
Les
plus connues sont faites sur les monnaies à l'effigie de Napoléon III à la
suite de la défaite de Sedan et de la chute de son régime. Un casque à pointe
fut dessiné sur des dizaines de milliers de pièces, d'abord, probablement, par
des soldats qui s'estimaient trahis, puis par des graveurs professionnels pour
des raisons commerciales.
Le
phénomène s'était amorcé bien plus tôt lors de la révolution française. L'Etat
avait montré l'exemple en modifiant des monnaies. On trouve des sols
constitution avec le portrait de Louis XVI modifié, des cinq et dix centimes de
la première république avec le portrait de la liberté transformé en Napoléon
Ier. Puis, sous l'empire, des pièces poinçonnées d'une fleur de lys et d'autres
avec la fameuse contremarque au tigre.
Sous
la restauration, des transformations de Charles X en curé, avec calotte et
soutane, vont faire l'objet d'enquête de police, sur tout le territoire, en
direction de la bourgeoisie financière.
Sous
Louis-Philippe, on trouve surtout des transformations faites par les
légitimistes. Ainsi les décimes de la révolution (toujours en circulation) avec
« A bas le drapeau de la misère » ou les contremarques au V couronné,
sur le portrait de Louis-Philippe, en référence au prétendant Henri V.
Signalons,
pendant la révolution de 1848, la tranche modifiée sur les 5 Francs en
« Dieu punira la France ».
Les
débuts du règne de Napoléon III sont aussi marqués par des enquêtes de police
sur des pièces au portrait décapité. Le mouvement va s'éteindre avec la censure
policière puis renaître sur la fin du régime avec des avers de 10 centimes aux
légendes poinçonnées et d'autres au portrait regravé en pape, à la suite du
soutien accordé par Napoléon III au pape Pie IX.
Avec
la défaite française dans la guerre franco-prussienne, le mouvement de
regravure et de contremarques atteint son apogée. Outre les casques à pointes,
une floraison de transformations de toutes sortes touche les monnaies, surtout
les 10 centimes, de par leur grande surface et leur faible valeur.
Puis
le mouvement s'éteint. Il va renaître un temps avec les passions autour du
général Boulanger. De très belles regravures vont être faites, en soutien ou en
satire.
Plus
tard, les poilus des tranchées de 14-18 vont aussi utiliser le portrait de
Napoléon III pour satiriser Guillaume II.
Par
la suite, le XXe siècle sera nettement plus pauvre en transformations. Il était
en effet bien plus facile de s'acharner sur le portrait d'un tyran en fin de
régime, que de modifier la Marianne qui, à part quelques groupes royalistes de
plus en plus minoritaires, faisait consensus.
Restent
les contremarques. Elles seront anti-nazis et gaullistes pendant la deuxième
guerre mondiale. Puis, à la fin de la guerre d'Algérie, apparaissent des
poinçons OAS ou FLN.
Le
phénomène de regravure a touché aussi d'autres pays. Pie IX, Victoria, Victor
Emmanuel II, Guillaume Ier, et le président Kruger, d'Afrique du Sud vont être
satirisés sur leurs monnaies. Des transformations non satiriques ont aussi
concerné Albert Ier, roi des belges, en 14-18 et la reine Wilhelmine de
Hollande pendant la deuxième guerre mondiale.
CONFÉRENCE
du
4 Novembre 2009
“Querelle pour un
atelier monétaire au milieu du XVIe siècle :
la concurrence entre
Saint-Lô et Caen (1550-1555) »
par Jérôme Jambu
CONFÉRENCE
du
7 Octobre 2009
“Méreaux des
confréries et corporations »
par Sébastien Lustière (Secrétaire du Centre National de recherche sur les
Jetons et Méreaux du Moyen Age - CNRJMMA),
Pour retrouver
les grandes lignes et les illustrations de cette conférence reportez vous
à :
https://share.acrobat.com/adc/adc.do?docid=32a63650-a874-4594-aa9b-f5a32af82027
CONFÉRENCE
du
2 Septembre 2009
“Les imitations
radiées : le cas de l’Armorique»
par Benjamin Leroy & Gildas Salaün,
Le
2 septembre à la Monnaie de Paris, Gildas Salaün, responsable du médaillier du
musée Dobrée à Nantes, nous a présenté une conférence en deux temps sous forme
de bilan et perspective de la recherche sur les imitations radiées en
Armorique.
La
première partie de la conférence a été consacrée à un état de la question. Ces dernières
années, des études très fines de trésors ont fait fortement progresser la
connaissance de ces petites monnaies : les conditions de leur production,
la localisation des lieux de frappe, la typologie et la chronologie.
Aujourd’hui, plus de quinze types ont été attribués à six centres de production
localisés dans la région de Plouhinec (Morbihan), Guéhenno (Morbihan), Béré
(Loire-Atlantique), Besné (Loire-Atlantique), Pannecé (Loire-Atlantique) et
Pédernec (Cotes d’Armor). L’analyse précise de ces types et des liaisons de
coins révèle un contrôle de cette frappe monétaire, ainsi que la pérennité des
ateliers visiblement installés dans d’importantes villae rurales (comme à
Mané-Véchen en Plouhinec).
La
seconde partie de la conférence a été l’occasion de relancer le débat sur la
datation de ces monnaies en rappelant les mots de Paul Soullard qui disait dès
1910 : « quant à la date de ces monnaies, je les crois de beaucoup
postérieures au règne de Tétricus, peut-être pourrait-on les dire contemporaines
de l’époque mérovingienne et ajouter qu’elles auraient pu servir d’appoint aux
sols et tiers de sol d’or et aux deniers d’argent à cette époque ».
Cette
affirmation est certes abusive, mais elle souligne l’intuition de son auteur
pour qui l’Armorique semblait avoir connu une très longue période de production
de ces petites monnaies. Plusieurs indices :
La
métrologie tout d’abord. On constate que les imitations locales découvertes
dans des dépôts précoces, datables de la période 270-280, comme Pédernec ou Pannecé
II (également Plourhan II-Lantic), présentent des poids proches des monnaies
officielles et n’ont aucun point commun avec les minimi. Par exemple, les imitations de
Pédernec pèsent en moyenne 2,99 g pour un diamètre de 18 mm , alors que les minimi de Besné ne font que 0,54 g pour
10 mm . Ces données métrologiques pourraient donc constituer les jalons d’une
chronologie relative. La composition des dépôts monétaires est un autre
indicateur chronologique car la part des monnaies officielles décroit jusqu’à
céder totalement la place aux minimi locaux comme à Besné et Guéhenno.
La
typologie ajoute au trouble, avec un tremissis présentant un portrait radié et
surtout ces nombreux deniers orléanais du VIIIe siècle figurant une effigie
radiée, preuves de la pérennité de cette représentation qui n’est donc pas
propre au IIIe siècle. Le revers offre aussi parfois des motifs
« anachroniques » comme ce personnage tenant une croix, donc du IVe
siècle, peut-être même du Ve, sur un minimus trouvé à Besné.
La
cartographie enfin présente de très curieuses coïncidences, avec au moins deux
centres de production d’imitations radiées, Besné et Béré, également connus
pour avoir frappé des tremisses après 575. La localisation des nombreux ateliers
monétaires mérovingiens postérieurs à 575 pourrait donc ne rien devoir au
hasard, mais être l’héritage de traditions et savoirs faire locaux anciens.
L'exemple
de l'Armorique tant donc en effet à montrer le long maintien en production
d'émissions locales de nécessité, monnaies progressivement adaptées aux besoins
de l'économie locale, dont les types ont peut-être même été lentement changés
jusqu’à ne plus avoir de relation graphique directe avec les émissions
impériales dont la lointaine Armorique était de toute façon en bonne partie
coupée au Ve siècle. Jusqu'à quand des imitations radiées ont-elles été
frappées ? Difficile de répondre pour l'heure, au moins jusqu'au milieu du
IVe siècle, certainement même au-delà. En tout cas, cet exemple met sur la
piste d’un possible maintien de la production locale de petit numéraire
d'appoint entre l'Antiquité tardive et l’avènement du monnayage d’or au haut
Moyen Age.
La
théorie de l'ouverture hasardeuse, pour ne pas dire anarchique, de petits
ateliers ruraux au IIIe siècle, fermés au IVe, puis rouverts pour certains au
VIe ne tient pas. Cette hypothèse pourrait s’envisager pour des ateliers
installés dans d’importantes cités, sièges invariables du pouvoir politique et
économique, mais pas pour de modestes établissements rustiques. Fermetures et
rupture puis reprise et réouvertures contre maintien de traditions et
adaptation lente ? Telle est donc la question principale.
Pour
l’heure, plus d’interrogations que de réponses donc, mais autant de pistes de
recherches futures qui méritent d’être approfondies et élargies car l’Armorique
présente d’évidentes incohérences et un faisceau d’indices troublants. Des
comparaisons avec d’autres époques, notamment la Gaule augustéenne, et avec les
régions limitrophes seraient des sources d’enseignements.
Ce débat sur la continuité éventuelle de
productions monétaires d’appoint afin de maintenir une activité économique
rurale à une période de grave crise des principales cités dépasse la simple
numismatique pour intéresser l’histoire et l’archéologie.
CONFÉRENCE
du
3 Juin 2009
“La monnaie grecque. De l'invention de la
monnaie aux monnayages des cités sous l'Empire romain »
par
Michel
Amandry,
La monnaie grecque est née en Lydie vers 600 avant J.-C. et
les premières monnaies d’électrum nous sont connues par le trésor de
l’Artémision d’Ephèse. L’électrum disparaîtra assez vite (sauf résurgences à
l’époque classique) au profit d’un monnayage bi-métallique or./argent dans les
domaines du Grand Roi et d’argent uniquement en Occident qui connaîtra son
plein développement aux Ve et IVe siècles, abandonnant toute trace d’archaïsme.
Cette période classique débute traditionnellement en 480/479, marquée par deux
victoires des Grecs sur la « barbarie », à Himère et Platées. On
assiste au IVe siècle à l’avènement de la monnaie royale : à la mort
d’Alexandre, en 323, or et argent sont désormais frappés selon l’étalon attique
dans tout le monde méditerranéen, dans un réseau serré d’ateliers qui frappent
les mêmes types, que ce soit à Amphipolis de Macédoine ou à Babylone. L’espace
conquis par Alexandre va éclater et laisser la place à différents royaumes, où
continuera à circuler la monnaie de poids attique. La conquête romaine,
complète en 30 avant J.-C. avec la mort de Cléopâtre et de Marc Antoine, va
amener une mutation profonde dans l’approvisionnement des marchés, mais les
cités grecques continueront, jusque sous Tacite (275-276 après J.-C.), à
frapper du monnayage de bronze, témoignant ainsi de leur identité culturelle.
CONFÉRENCE
du
6 Mai 2009
“les imitations des dirhams carrés almohades»
par
Amel
Teboulbi,
Des imitations de monnaies arabes destinées
au commerce en Espagne et surtout avec le Maghreb, qu’on appelle aussi des
Millarès, ont été frappées dans les années 1250-1270 dans des ateliers
occidentaux (Provence, Montpellier en France ; Barcelone, Aragon, Valence ou
Majorque en Espagne ; Pise, Gènes, Lucques en Italie…). Ces contrefaçons
avaient le même aspect et la même légende que les pièces originales puisque
deux actes médiévaux montrent que la légende comporte le nom de Mahomet. On a
pu tirer des textes occidentaux des indications sur leurs conditions d’émission
: leur type, mais aussi leur poids, leur titre et leur valeur. L’importance des
fabrications laisse supposer que des exemplaires ont été certainement
conservés. Des propositions ont été faites pour distinguer les imitations de
leurs prototypes almohades par Louis. Blancard dès 1876 et plus récemment par
Josep Pellicier i Bru en 2002.
Une série d’analyses élémentaires non
destructives par spectrométrie de masse couplée à un plasma inductif avec
ablation laser (LA-ICP-MS) a été effectuée afin de distinguer ces imitations.
L’examen du style des pièces analysées et les données analytiques ont permis de
remarquer que les monnaies de bas titres relèvent de fabrication peu soignée et
inversement. Curieusement, certaines pièces portant le nom de l’atelier
monétaire comme celles de Tunis, présentent les mêmes caractéristiques. Les titres
ont été rapprochés de ceux que donnent les textes. Si les éléments-traces ne
permettent pas de différencier des types de métal et des sources d’argent, ils
témoignent d’un renouvellement et d’une homogénéisation des stocks métalliques.
CONFÉRENCE
du
7 Janvier 2009
“Apport des méthodes d'analyse physico-chimique
à la numismatique à partir de deux exemples : la dévaluation du denier romain
et l'étude du trésor de Preuschdorf (fin XVe-début XVIIe s.) découvert en 2005»
par
Lucie
Beck*,
L’analyse
physico-chimique et métallurgique des monnayages anciens peut révéler de
précieuses informations sur l’histoire économique et technologique d’une
civilisation ou d’une région. Des dévaluations, des changements politiques ou
des modifications d’approvisionnement en matières premières peuvent être
dévoilés à partir de la composition élémentaire du métal monétaire.
Pour
pouvoir être appliquées à de nombreux objets rares ou précieux, les analyses ne
doivent pas, dans la mesure du possible, endommager ces témoins du passé. C’est
pour cela, que depuis les années 1970, des sources de rayonnements (neutrons,
protons, X) sont utilisées pour caractériser les monnaies, sans détruire le
matériau. Ces analyses permettent de mesurer la composition élémentaire des différents
monnayages. Celle-ci conduit ensuite à la détermination du titre, à
l’identification et la quantité des métaux utilisés pour l’abaisser lors des
dévaluations, et dans quelques cas exceptionnels à la provenance des matériaux.
Deux exemples sont présentés. Le premier concerne
l’apport des techniques d’analyses non destructives à la mesure du titre des
deniers romains et à la mise en évidence de sa dévaluation au cours des trois
premiers siècles après J.-C. La seconde illustration s’attache à présenter
l'étude, encore en cours, du trésor de Preuschdorf (fin XVè-début XVIIè s.)
découvert en 2005. La radiographie et les analyses ont permis d’identifier les
monnaies et de montrer la variation des titres en fonction des productions.
* Centre de
recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) - Paris
Commissariat à
l’énergie atomique (CEA) – Saclay
CONFÉRENCE
du
5 Novembre 2008
“La Lutte contre
le Mal
Epigraphe en Symbolisme sur
les amulettes apotropaïques chinoises»
par
François
Thierry,
Pour les Chinois, le malheur, maladie, accidents,
souffrance, mort, ne sont que le résultat de l’activité néfaste des puissances
du monde Yin (démons, fantômes, pestilences, monstres, sorciers, etc.) qui
viennent troubler l’harmonie terrestre qui se trouve sous la protection
céleste, le monde Yang. Donc la meilleure manière pour les faibles humains de
se défendre contre les forces maléfiques surnaturelles, c’est de faire appel
aux forces supérieures célestes du Yang, à l’Empereur d’En-Haut, aux multiples
divinités et aux Immortels, aux Esprits, et à ceux qui sont leurs
intercesseurs, les moines bouddhistes, les maîtres du Tao, etc. Pour obtenir
cette aide, il existe de nombreux procédés dont l’un est l’usage d’amulettes.
Celles-ci font appel à ces puissantes forces du monde Yang soit directement,
par des sentences ou des prières, par des images des grandes divinités
protectrices bouddhistes ou taoïstes, soit indirectement par des « ordres
de combat », des symboles, des écrits magiques et des représentations
censées repousser et détruire les monstres et les démons. Cette épigraphie et
cette riche iconographie plongent au plus profond des croyances et des mythes
de la Chine ancienne, depuis la religion antique jusqu’au bouddhisme en passant
par le taoïsme.
Ces amulettes sont donc le miroir du système religieux
chinois et fonctionnent selon des codes et des images qui sont encore
extrêmement vivaces de nos jours malgré la Révolution Culturelle qui croyait
pouvoir éradiquer l’« ancien » et malgré la globalisation qui croit
pouvoir imposer le « moderne ».
CONFÉRENCE
du
3 Septembre 2008
“Les monnaies lamellaires d’argent du Vème
siècle imitant les monnaies romaines »
par
Philippe
Schiesser,
La
fin de l’Empire Romain d’Occident en 476 ne marqua pas la fin de la circulation
des monnaies romaines. De plus les monnaies frappées par l’Empire Romain
d’Orient (l’Empire Byzantin), principalement celle d’or, continuèrent à
alimenter l’occident que cela soit par les tributs ou les soldes des
mercenaires (par exemple les sommes versées par l’empereur Justinien aux Francs
en échange de leur intervention contre les Ostrogoth lors de la reconquête de
l’Italie).
Mais
très tôt les « barbares » frappèrent des monnaies imitant les monnaies
romaines. Dans un premier temps, ces monnaies furent des copies aux noms des
empereurs régnant, mais peu à peu des marques spécifiques apparurent sur les
monnayages burgondes (Monogramme de Gondebaud) ou ostrogoths (où le monogramme
royal puis la titulature des rois ostrogoths apparurent au revers) et même
francs (lettre d’atelier dans le champ).
Burgondes
et Ostrogoths continuèrent le traditionnel système monétaire romain
trimétallique (or/argent/bronze) ainsi que les Visigoths (l’or et l’argent leur
avait été depuis longtemps attribué et en 1994 les petites monnaies de bronze
ont été publiées par M. Cronsafont i Sabater). Mais qu’en est-il des Francs ?
Quand
ils acquirent la Provence en 537 ils y continuèrent la frappe de monnaies de
bronzes, de piécettes d’argent de moins d’un demi-gramme (notre pièce de 1c
d’euro pèse environ 5 fois plus…) et de l’or (le sou et son tiers le tremissis)
parfois avec leur monogramme, continuant ainsi le monnayage ostrogoth.
Ce
fut le petit-fils de Clovis (Théodebert 534-548) qui fut le premier roi «
barbare » à oser frapper des monnaies d’or à sa seule titulature et non plus à
celle de l’empereur d’orient ce qui suscita l’indignation outrée de l’historien
byzantin Procope.
Avant
ces frappes Provençales, les francs ne se contentèrent pas d’imiter les
monnayages d’or romain. Ils frappèrent aussi des piécettes d’argent sans
équivalent dans le système romain que Jean Lafaurie appelle argentei. Elles ont été principalement
trouvées dans la région entre la Loire et le Rhin. La plupart pèsent entre 0,2
et 0,4 g (notre pièce de 1c d’euro pèse environ 10 fois plus…) et sont beaucoup
trop légères pour être de simples imitations de siliques (les siliques pèsent
en moyenne 1.54g sous Constantin III et Jovin). C’est en effet Constantin III
qui fut le dernier empereur à frapper en quantité significative des siliques en
Gaule. Après lui, la Gaule du nord n’était donc plus suffisamment alimentée en
argent. Et les Francs ou les dernières autorités romaines : Aetius, Eagidius
puis Syagrius ont dû palier ce manque de numéraires. La plupart de ces
piécettes imitent le type des siliques (à l’avers, un
buste
de l’empereur drapé à droite et au revers une Rome personnifiée assise sur un
trône à gauche ou de face) mais certaines de ces piécettes d’argent imitent des
monnaies d’or et portent « CONOB » = « d’or pur » ! D’autres types sont ceux
des monnaies d’or (victoire tenant une couronne de lauriers ou tenant une
grande croix). Ces piécettes d’argent portent parfois un lieu de frappe (Metz,
Paris, Strasbourg, Trèves et Worms).
Ces
pièces de faible valeur devaient être utilisées dans les petites transactions
quotidiennes bien loin de l’image de cette période où les monnaies d’or
semblaient être les seules frappées. On peut se demander si ces piécettes
d’argent ont tenu le rôle des monnaies d’appoint de bronze (que les autres
peuples barbares ont frappé) ou si les bronzes des Francs restent à identifier
comme tels.
Philippe
SCHIESSER
CONFÉRENCE
du
3 Juin 2008
“Le trésor de 498 solidi de Sovana (Toscane) et
la Schola Palatina de Ricimer »
par
Fernando
López Sánchez*,
Les fouilles archéologiques entreprises en 2004 à
l'intérieur de l'église de San Mamiliano à Sovana (Toscane, Italie) mirent au
jour 498 solidi
du Ve siècle. Ce dépôt monétaire contenant des spécimens frappés par
presque tous les empereurs d'Occident et d'Orient dans la période comprise
entre les règnes d’Honorius et de Zénon est considéré aujourd'hui comme le plus
important et complet de l'Italie tardo-romaine. Ermanno Arslan,
direttore emerito delle raccolte numismatiche de Milan a confié à Fernando
López l'étude iconographique et historique de ce trésor en juin 2007. Les
résultats des travaux effectués par ce dernier sur ce trésor ont été présentés
le 4 juin 2008 à la Monnaie de Paris.
Le trésor de Sovana ne tient pas son importance de la
seule présence de solidi en parfait état ou du nombre important d'imitations germaniques de
frappes romaines. Le dépôt de Sovana nous aide avant tout à préciser la
chronologie plutôt lâche attribuée à de nombreuses séries décrites dans les
ouvrages de référence pour cette période, le RIC X de J. P. C. Kent
et le Catalogue de la
Dumbarton Oaks Collection de Ph. Grierson et M. Mays. Le trésor de Sovana nous permet aussi de connaître mieux les raisons qui motivèrent la frappe très régulière
de séries monétaire en or au cours du Ve siècle. Tout d’abord, une
grande partie des solidi présents dans ce dépôt doit être mis directement en relation avec
l’aide financière et militaire que
la cour impériale de la pars Orientis fournissait alors à
son pair de la pars Occidentis lors des années 410, 424/5, 431, 441 et 466-8. Ainsi, 28.5% des monnaies du
trésor peuvent être mis en relation avec les préparatifs navals que
Constantinople organisa dès 466 contre les Vandales d’Afrique du Nord. Ensuite,
une autre grande partie des monnaies de ce dépôt peuvent être en rapport avec
les soldes que la cour d'Occident versait aux Goths en service au sein de la Schola
Palatina à partir de 439 apr. J.-C. Le trésor de
Sovana est donc interprété par
l'auteur de la conférence comme étant lié à la Schola qui servit sous les ordres de Ricimer jusqu'en 472, puis
après cette dernière date sous le commandement d'autres officiers de haut rang. Enfin, des comparaisons
entre le trésor de Sovana et celui
de la Maison des Vestales, découvert à Rome en 1899, sont également établies par l'auteur.
* Université de
Saragosse, Wolfson College à Oxford
CONFÉRENCE
du
7 Mai 2008
“Les fouilles de la Grotte de La Cattete (Aude) :
étude du
faux-monnayage du XVIe siècle»
par Florian
Téreygeol*, Adrien
Arles**, Marie-Cécile
Vivier***,
Il
est relativement courant que des officines de faux-monnayeurs soient mises au
jour. En revanche, il est plus rare que ces découvertes s'inscrivent dans une
action d'archéologie programmée.
Le
cas de La Catette repose tout d'abord sur une découverte ancienne d'une
vingtaine d'années. Celle-ci a pu donner lieu à une fouille au printemps 2007
intégrée à un stage de Master pro (Univ. Bordeaux, Stage au Centre Ernest
Babelon d'Orléans). D'autre part, le matériel mis au jour participe d'une
réflexion développée sur les techniques de monnayage avant l'introduction de la
frappe au balancier (thèse en cours, A. Arles). L'objectif de l'analyse du
mobilier est de replacer le matériel métallurgique découvert dans la grotte de
La Catette (Aude) dans une chaîne opératoire de la fausse monnaie, afin de
comparer les techniques de monnayage dans les ateliers officiels et clandestins
au XVIe siècle. Parmi Les quelques centaines d’objets composant le corpus, la
plupart, soit 362, sont à mettre en relation avec la production monétaire et
présentent une importante diversité morphologique permettant d'obtenir de nombreuses
informations sur ces procédés de mise en forme. La fouille conduit d'autre part
à la définition de la nature et de l'importance de cette activité.
Parallèlement, elle apporte son lot d'informations sur l'organisation spatiale
de l'atelier clandestin.
S'appuyant
à la fois sur des études bibliographique, métrologique, analytique, et
structurale, cette recherche vise ainsi à comprendre le principe de
fonctionnement d'un atelier de faux-monnayeurs à l'époque considérée. Cette
fouille a également été l'occasion de tester la pertinence d'une nouvelle
approche prospective que nous souhaitons étendre à d'autres lieux à vocation
monétaire.
* Chargé de Recherche,
UMR 5060, IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort.
** Doctorant, UMR 5060,
IRAMAT, Centre Ernest Babelon, Orléans.
*** Etudiante de Master
Pro, UMR 5060, IRAMAT, Centre Ernest Babelon, Orléans.
CONFÉRENCE
du
6 Février 2008
« AIZIER - Chapelle Saint-Thomas - Etude
Numismatique »
par M.
Thibault Cardon,
Le site de la chapelle Saint-Thomas d’Aizier
(Eure) est une léproserie médiévale rurale dépendant de l’abbaye de Fécamp. La
construction de la chapelle remonte à la fin du XIIe siècle. Un premier
bâtiment d’habitat à usage collectif est construit fin XIIe - début XIII. A la
fin, du XVe siècle, les ruines de ce bâtiment sont nivelées et arasées ;
deux maisonnettes correspondant à des habitations individuelles sont
construites par-dessus et abandonnées courant XVIe. Cet abandon coïncide avec
les textes qui nous indiquent qu’à cette époque il n’y a plus de lépreux à Aizier. Des
fouilles archéologiques programmées dirigées par Marie-Cécile Truc depuis 1998
ont permis la mise au jour et l’étude de structures et de mobilier
archéologique dont une soixantaine de monnaies. Ces monnaies sont pour la
plupart médiévales et modernes (XIIe – XVIIe). Le but de cette étude est
de s’intéresser aux monnaies d'un site archéologique à la fois comme objet
numismatique propre et comme objet archéologique. L’étude des monnaies de
fouille apporte par exemple des renseignements sur la circulation monétaire,
notamment pour ce qui est des petites dénominations, absentes des trésors. A
partir, d’un phasage des monnaies d’Aizier et par comparaison avec des lots de
monnaies d’autres sites archéologiques de la région, une ébauche de profils de
circulation monétaire normande est proposée pour la période XIIe-XVIIe. D’un
point de vue plus archéologique, le phasage des monnaies est utilisé pour
enrichir le phasage archéologique du site. L’étude de la répartition spatiale
des monnaies dans et aux alentours de la chapelle permet d’émettre des
hypothèses quant à différentes phases de restauration de la chapelle. Enfin, la
découverte de deux monnaies d’argent anglaises du XIVe associées à des céramiques
calées dans le sol a permis de reconnaître les traces d’une ancienne cache
monétaire.
Thibault
Cardon
Suspension
des comptes-rendus de Conférences
de 2 ans
CONFÉRENCE
du
4 Janvier 2006
« La
numismatique d'Antinoüs »,
par M.
Michel Amandry, directeur du Cabinet des Médailles.
Antinoüs, un superbe éphèbe
magnifiquement représenté par des statues parvenues jusqu'à nous, était le «
favori » de l'empereur Hadrien qu'il accompagnait partout, et notamment en
Égypte en l'an 130 où il se noya dans le Haut-Nil le 22 octobre 130.
Inconsolable, l'empereur honora sa mémoire en fondant la ville d'Antinoé. Pour
se maintenir dans ses bonnes grâces en lui manifestant leur attachement, un
certain nombre de cités d'Égypte, d'Asie-Mineure, de Grèce et d'Italie
frappèrent des monnaies le représentant, dont le conférencier projeta et
commenta les diapositives. Pour la plupart, il s'agissait de pièces de cuivre
ou de bronze ayant format de médailles de 30 g ou plus, représentant à l'avers
l'effigie du héros et au revers une scène à caractère religieux ou
mythologique, les légendes des contours étant en caractères grecs.
Ces frappes ont été effectuées
majoritairement de 134 à 138, mais aussi après et même bien après.
Antinoüs étant né en Bithynie, c'est
une pièce de Bithynium qui ouvrit la série des projections, représentant à
l'avers Antinoüs et au revers Hermès avec un caducée. Puis d'autres de
Nicomédie, de Smyrne, de Chalcédoine, de Tarse en Cilicie, toutes ces cités
étant en Asie Mineure, et d'Alexandrie. Pour ce qui concerne les légendes,
l'indication des habitants de ces cités figure plus souvent au nominatif ou au
datif qu'au génitif d'appartenance plus habituel.
Vinrent ensuite des pièces
frappées en Grèce : à Nicopolis, à Delphes dont l'actuel musée présente une
magnifique statue du héros retrouvée sur place, et dont la légende de la pièce
présentée le qualifie de « propylaios » (allusion aux Propylées, le monument
par lequel on accède à l'Acropole). Les Arcadiens et spécialement Corinthe ont
également célébré Antinoüs par un monnayage.
On ne connaît pas de pièce frappée
à Rome datant du IVe, siècle. Mais il nous en est parvenu des
Pardouans, frappées sous la Renaissance, pour lesquelles le graveur Carvino
s'est inspiré de celles qui avaient été battues à Corinthe (au revers, Hermès
avec son caducée retenant par la bride un fougueux Pégase).
Toujours à l'effigie d'Antinoüs,
on trouve encore des médailles des XVIIe et
XVIIIe siècles, ce qui manifeste une exceptionnelle
longévité d'inspiration.
Jacques
Thilliez
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